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5 questions à une institutrice

L’expert : institutrice d’une classe de CM1-CM2 depuis une dizaine d’années dans un ensemble scolaire privé de Normandie, Caroline, 39 ans, est la maman de deux filles âgées de 9 et 14 ans.



– Pourquoi avoir choisi d’enseigner dans une école privée ?

C’est le hasard des concours, mais avec le recul il est évident que la formation reçue durant les deux années de CFP (aujourd’hui ICFP) m’a apporté énormément ; certainement plus que ce qu’une formation à l’IUFM, beaucoup plus centrée, lors de la première année, sur le passage du concours de fin d’année et non sur une formation théorique et pratique de l’enseignement, ne m’aurait apporté. Je m’étais toujours promis de faire à mon tour mon possible pour encadrer des enseignants stagiaires sur le terrain. On ne peut comprendre une théorie que si on peut la mettre en pratique et l’analyser avec des personnes dont c’est le métier. C’est pourquoi j’ai repris une formation, toujours au sein du CFP, il y a six ans environ, pour devenir maître accompagnateur.

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Institutrice devant sa classe




– A quoi voyez-vous que vos élèves sont vraiment prêts à aller au collège ?

L’élément principal est l’autonomie. L’enfant doit pouvoir réinvestir les compétences spécifiques travaillées et évaluées, mais aussi les compétences transversales qui l’amèneront à s’adapter à de nouvelles situations et principalement à de nouveaux modes d’enseignement. L’enfant doit pouvoir passer d’un adulte référent à cinq ou six adultes qui n’auront pas forcément les mêmes exigences et la même autorité. L’enfant, à cet âge, doit commencer à prendre conscience qu’il travaille pour lui et qu’il développe une motivation intrinsèque.

– Un enfant aux résultats trop justes en fin d’année doit-il redoubler son CM2 ou plutôt sa 6e ?

Je pense qu’il est préférable que l’enfant soit maintenu en cycle 3 (CM2) si les compétences exigées ne sont pas atteintes (on parle aujourd’hui de maintien et non plus de redoublement). Dans tous les cas, il est impératif que cela soit accepté et interprété de façon positive par les parents et non vécu comme une sanction ; l’enfant est une personne certes mais une personne en développement et il est important de respecter son rythme.
Nous tenons compte de nombreux facteurs pour prendre cette décision. Chaque cas s’étudie en équipe en tenant compte du parcours de l’enfant tout au long de sa scolarité, de sa morphologie, de son développement psychoaffectif… En aucun cas une décision de maintien n’est prise à la légère.

– Beaucoup de parents n’aiment pas les classes à double niveau, pouvez-vous nous en citer les avantages et les inconvénients ?

Côté enfant, je ne vois aucun inconvénient, bien au contraire ! Le double niveau permet à chaque enfant de trouver sa place dans ses apprentissages. La diversité cognitive connue et reconnue dans les cours simples est enrichie par une diversité de développement affectif dû à la différence d’âge. Cela donne des débats très soutenus et très enrichissants lors du travail collectif. En effet, la perception de données identiques varie car les aînés ne raisonnent pas sur le même mode que les plus petits. Les grands ont déjà évoqué la notion étudiée et fonctionnent principalement en se basant sur la mémoire et sur l’explicite, alors que les plus jeunes découvrent cette-même notion. Ce double apprentissage permet d’accéder à des échanges oraux plus riches et plus motivés que lors de cours simples.
Les inconvénients d’un cours double niveau ne sont que pour l’enseignant qui doit multiplier son travail afin de répondre à des besoins plus larges. Mais là c’est notre métier !

– Tous les ans, vous emmenez les enfants en classe transplantée. Quel rôle cela joue-t-il dans votre approche pédagogique ?

Les enfants découvrent que l’on peut apprendre autrement. Ils développent des relations à l’autre, au groupe. On vise principalement, lors de ses séjours, la socialisation : « vivre ensemble ».
De plus, l’enfant découvre, lors de ces sorties, des émotions nouvelles comme le plaisir de recevoir une lettre, une carte postale. Il apprend à décrire ses émotions et à les partager avec ses camarades et les adultes accompagnateurs.

– Bonus : quel type de maman êtes-vous ?

Calme, raisonnée, fiable, drôle et autoritaire si nécessaire. Youpi, mes filles ont dit que j’étais une «  supermaman  », mais il est vrai que l’amour rend aveugle alors…

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