Accueil >> Formations >> Filières >> Ecoles de commerce >> 7 idées reçues sur les écoles de commerce
Les écoles de commerce jouissent d’un certain prestige. Mais leur réputation est souvent entachée d’idées préconçues.
Karine Darmon
• Les coûts de scolarité des écoles de commerce sont élevés.
Oui, il faut bien le reconnaître, les écoles de commerce privées, associatives ou consulaires facturent des frais de scolarité (entre 4 500 et 8 500 €) nettement supérieurs aux droits universitaires. Y compris pour les deux écoles « universitaires » que sont l’École de management de Strasbourg et l’ICN. Exception faite pour Télécom Management, école publique, dont les frais de scolarité plafonnent à environ 1 040 €.
L’excellence aurait donc un prix. Profiter d’un enseignement et d’un corps professoral de qualité, de structures d’accueil à la pointe de la technologie se paie, même si ces montants ne couvrent qu’une partie des dépenses engagées par les écoles.
Pour l’anecdote, sachez que le coût de vos trois années d’études (qui peut être un frein à toute tentation !) ne représente qu’une part infime des rémunérations que vous percevrez dans toute votre carrière professionnelle, soit environ 80 % de la rémunération annuelle de votre premier emploi.
Maigre consolation. Mais les étudiants français s’en tirent à bon compte. Comparé à notre système français, étudier sur un campus nord-américain, britannique ou australien est hors de prix. Pour les jeunes étrangers, les coûts pratiqués en France sont donc forts attractifs. Et c’est jalousement qu’ils envient leurs camarades des écoles françaises partis pour un séjour d’études dans le cadre d’accords de coopération ou de double diplôme, sans surcoût de frais de scolarité (hors frais de vie et d’hébergement).
Pour contourner l’obstacle financier, il existe quelques alternatives. L’alternance en est une. De plus en plus d’étudiants choisissent de préparer leur formation sous contrat d’apprentissage ou en formation alternée. Ce dispositif permet à des jeunes pour lesquels le coût de telles études constituerait un handicap, de préparer un diplôme de haut niveau tout en étant rémunérés et sans avoir à payer de frais de scolarité.
Les aides sociales (bourses de l’enseignement supérieur, aides des collectivités locales) sont également une piste à explorer. L’emprunt bancaire reste le recours le plus usité.
• Après le concours, la scolarité est plutôt paisible en école.
Est-ce parce que les préparationnaires connaissent un rythme moins effréné après deux années passées à bachoter, et qu’ils ont une forte envie de « récupérer » ? Toujours est-il que l’idée a germé, qu’une fois passés les concours, la scolarité paraît « moins studieuse » au sein des écoles de commerce. Leur réputation peut aussi parfois être ternie par les souvenirs de beuveries, de voyages d’agrément et autres bruits de couloir.
Ce sentiment de « liberté » peut enivrer certains. Dans les écoles de commerce, libre à chacun de sélectionner la spécialité qui correspond à son projet professionnel, de choisir son parcours de formation, la finalité de ses stages, d’opter pour une année de césure en cours de scolarité (une année complète en entreprise) ou de partir étudier à l’étranger.
Libre à chacun de travailler à distance : les écoles se sont dotées de technologies des plus modernes et favorisent le développement du e-learning et du e-coaching comme l’enseignement à distance, l’auto-formation et le suivi des étudiants « on line » (emplois du temps, résultats scolaires, évaluation des enseignements, inscription en ligne aux différents modules d’enseignement, supports pédagogiques de cours, forums de discussion sur chaque module d’enseignement, accès à des banques de données) où qu’ils se trouvent : chez eux, à l’école ou aux quatre coins de la planète. Libre encore à chacun de s’investir dans un projet associatif (BDE, sport…).
S’ouvrir aux autres, travailler et partager ses expériences avec les autres, pour les autres, en équipe sont des valeurs peu répandues en classes préparatoires. Mais qui n’en restent pas moins ô combien formatrices.
Entretien
« Intégrité, engagement, curiosité, humilité sont les valeurs que nous défendons » Le point de vue de Jacques Chaniol, directeur de l’ESC Tours-Poitiers. Grande école = gros moyens, que répondez-vous à cela ? « Les grandes écoles ne sont pas réservées à une élite financière ! À l’ESC Tours-Poitiers, nous accueillons 21 % d’élèves boursiers et la quasi-totalité est assurée d’obtenir un master. Combien sont-ils proportionnellement dans ce cas à l’université ? Nous aidons, par ailleurs, les étudiants rencontrant de sérieuses difficultés financières. Nous avons attribué 100 000 € de bourses internes sur critères sociaux, l’an passé. Cela se traduit notamment par le dégrèvement partiel des frais de scolarité. L’apprentissage, que nous avons mis en place voilà plus de 10 ans, présente un avantage certain sur le plan pédagogique, il est aussi une réponse à une situation pécuniaire difficile. En effet, l’entreprise d’accueil rémunère l’apprenti et finance sa scolarité. Près de 27 % d’une promotion bénéficie de ce dispositif. Enfin, près des trois quarts de nos étudiants ont recours aux prêts bancaires. Ils profitent de taux extrêmement intéressants, à tel point que peu font l’impasse sur cette ressource grâce à laquelle ils financent leurs frais de scolarité ou un projet international. Par ailleurs, notre école négocie actuellement avec une banque, la possibilité d’accorder des prêts sans caution. » Formez-vous toujours les businessmans aux dents longues des années 80 ? « Non, il faut enfin sortir de cette idée vieille de 30 ans. De la même façon, les écoles supérieures de commerce ne sont pas des écoles de fils et filles à papa ! Aujourd’hui, nos diplômés sont des futurs managers d’entreprise qui adhèrent aux valeurs de notre école que sont l’intégrité, l’engagement, la curiosité, l’humilité. Notre semaine d’intégration 2008, montée en partenariat avec la Croix-Rouge Française et l’Etablissement français du Sang a été placée sous le signe de l’engagement au service des autres, et elle en est le parfait reflet. Nous avons donc entamé la formation des futurs managers non pas en leur parlant de management, mais en leur parlant de gestes qui sauvent. En outre, le développement durable est une valeur essentielle de notre école, tant dans notre gouvernance, car nous venons de créer une direction du développement durable et de la responsabilité sociale, que dans notre pédagogie. » |
• Les écoles de commerce sont réservées à une élite.
L’idée préconçue que le système (qui se dit par ailleurs égalitaire) réserve les meilleurs diplômes aux étudiants issus des familles les plus aisées, semble s’estomper. Il est exact que les enfants des cadres et professions intellectuelles supérieures représentent un pourcentage important des élèves des grandes écoles.
Un constat similaire peut être fait pour la plupart des filières de l’enseignement supérieur (écoles d’ingénieurs, masters universitaires, IEP, etc.). Mais qu’on se le dise : les grandes écoles ne sont pas réservées à une élite intellectuelle ou à des étudiants issus de milieux privilégiés mais aux bons élèves, désireux de travailler pour réussir.
De nombreuses initiatives favorisent le brassage de personnalités issues d’expériences, de cultures et d’origines différentes. Des actions sont conduites, à l’image du programme de l’ESSEC : « Une prépa, une grande école, pourquoi pas moi ? », qui a pour ambition d’accroître les chances de jeunes de milieux modestes, scolarisés dans les quartiers considérés comme « difficiles », de poursuivre des études supérieures en classe préparatoire en vue d’intégrer une grande école de commerce et de gestion. Ce programme fait aujourd’hui référence au niveau national. De nombreuses écoles de management et de gestion ou d’ingénieurs ont commencé à le décliner en l’adaptant à leurs spécificités.
L’ouverture sociale est donc un thème très en vogue dans les écoles de commerce. En particulier pour la Conférence des grandes écoles qui vient de créer une commission « égalité des chances ». Elle souhaite non seulement encourager l’accès des CPGE à de nouveaux publics mais aussi promouvoir l’accès des catégories professionnelles les plus modestes aux formations les plus prestigieuses.
• Les écoles de commerce forment des carriéristes.
« Il ne parle que de fric, de salaire, d’insertion professionnelle… Cela m’a sauté aux yeux lorsque j’ai consulté la plaquette de l’école », répond Aurélie en quête d’informations sur son orientation post-bac. C’est vrai : pour bon nombre de palmarès, le critère du salaire des jeunes diplômés est un critère de classement de prédilection.
Même le plus fervent réfractaire doit bien reconnaître que les chiffres des fourchettes de salaires sont plus éloquents que tous les commentaires affinés sur les performances académiques en matière de recherche des établissements.
Il convient, cependant, de lire les palmarès avec circonspection parce que les méthodes sont un peu sujettes à discussion. Certains sondent les recruteurs des grands groupes basés le plus souvent en région parisienne. D’autres font l’amalgame entre les salaires des jeunes diplômés en activité sur Paris et banlieue et ceux qui sont basés en province.
Parler d’insertion professionnelle des diplômés n’est pas – en théorie – réservé aux seules écoles de commerce. Mais force est de constater qu’elles sont championnes pour multiplier les initiatives d’aide à la recherche d’emploi, en incluant dans le cursus des modules de formation pour accompagner leurs étudiants vers l’entreprise (définition d’un projet professionnel, entraînement à la rédaction de CV et aux entretiens d’embauche, rencontres avec des spécialistes et des professionnels, etc.) et publier, comme il se doit, des enquêtes emploi.
Leur atout majeur repose sur un réseau d’anciens élèves qui donnent priorité à leurs cadets pour les aider à accomplir un stage, une mission professionnelle, qui se veut être un volet essentiel de la formation managériale de haut niveau. Avec raison. Ce qui séduit avant tout les recruteurs dans le profil des jeunes diplômés, en plus de leurs compétences techniques (marketing, finance, gestion), ce sont des qualités essentielles au bon fonctionnement de l’entreprise : une forte capacité à travailler en groupe, à diriger et à animer des équipes, à innover et à conduire un projet…
Sans conteste, ces initiatives favorisent l’insertion professionnelle des diplômés au niveau hexagonal comme à l’international et facilitent grandement la négociation de son salaire.
• Les écoles de commerce ne jurent que par le « privé ».
Ce n’est une surprise pour personne : les écoles de commerce visent essentiellement à « forger des collaborateurs efficaces et opérationnels, capables de s’adapter au marché économique et d’évoluer dans l’entreprise ». En effet : l’écrasante majorité des actifs travaillent dans le secteur privé ! Il reste, et de loin, le principal employeur des jeunes diplômés, devant les entreprises publiques et l’administration (d’État, territoriale ou hospitalière).
Quant aux recruteurs, tous secteurs d’activités confondus, ils attendent de leurs nouvelles recrues qu’elles fassent preuve d’initiatives, d’imagination, d’analyse personnelle, de capacité d’organisation, de conviction et de professionnalisme ; qu’elles s’impliquent dans la vie de l’entreprise, en somme qu’elles soient des collaborateurs efficaces et responsables, flexibles et autonomes.
Mais faire face aux imprévus, prendre des décisions, anticiper les résultats et faire preuve de diligence n’est pas à la portée de tous. Le rôle des écoles de management et de gestion ne se limite pas aux seuls enseignements académiques.
Toutes doivent développer des comportements professionnels chez leurs étudiants, et les doter de compétences opérationnelles et stratégiques, en phase avec les attentes des entreprises, et non pas d’une seule.
• Les écoles de commerce préparent surtout au marketing et au commerce.
Erreur. Elles n’ont pas vocation à former exclusivement des commerciaux et des collaborateurs des services marketing. Cette image d’Épinal est véhiculée par les anciens élèves, qui en leur temps et tout comme les entreprises, découvraient la discipline parce qu’elle procurait de nombreux débouchés. Le marketing a toujours fait rêver ! Contrairement au commerce qui reste cependant un socle de formation mais pas une fin en soi.
Qu’on se le dise : utiliser l’appellation « école de commerce » est un peu réducteur parce que cela revient à occulter une bonne partie des fondamentaux enseignés que sont d’abord le management, puis la gestion, l’économie, les langues et « tutti quanti ». Le marketing s’enseigne parfois de manière prépondérante en majeure de dernière année. Fort heureusement, dans un marché saturé, tous les élèves des grandes écoles ne font pas de cette discipline leur spécialité.
De grandes carrières les attendent dans les domaines de la finance, la banque et l’assurance, les études, le conseil et l’audit qui absorbent près de la moitié des jeunes diplômés.
• Les diplômés sont formatés. Ils n’ont pas d’esprit d’initiative.
Faux. Les écoles sont très sensibilisées à la démarche entrepreneuriale. Nombreuses sont celles qui cherchent à développer cet esprit chez leurs étudiants. D’une part grâce à des enseignements spécifiquement consacrés à l’entrepreneuriat, et en accompagnant des projets de création d’entreprise (donc d’emplois) par l’intermédiaire d’ « incubateurs ».
D’autre part en stimulant l’intérêt des jeunes recrues pour la vie associative (BDE, associations sportives, caritatives, humanitaires, culturelles, économiques…).
| Entretien Deux questions à Hervé Passeron, directeur du groupe ESC Toulouse. Quel stéréotype concernant les Grandes Ecoles vous énerve le plus ? « Le stéréotype qui m’énerve le plus est d’entendre dire que nous formons des diplômés stéréotypés. D’abord parce que nous pourrions multiplier les contre-exemples, de Renan Luce à Yannick Bru, Capitaine de l’équipe de France de Rugby, de Virginie Calmels, PDG d’Endemol à Omar Kabbaj, Conseiller de sa majesté le Roi du Maroc… Pourquoi l’ESC Toulouse rejoint la BCE ? « Le concours Ecricome est un excellent concours. Toutefois, les choix stratégiques pris par l’ensemble des écoles de la banque d’épreuves ne correspondaient pas aux nôtres. Nous acceptions le projet de nouer des partenariats multilatéraux entre écoles et notamment d’offrir la possibilité aux étudiants de dernière année de bénéficier des spécialités d’une autre école membre. En revanche, nous ne pouvions cautionner l’ouverture du Ph.D. Universa Research commun. |
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