Ados, parents et médias

Dès le départ, il y a un problème de communication entre parents et enfants. Les premiers ont souvent vécu dans un monde où, adolescents, les médias étaient considérés comme des objets utilitaires. Le téléphone était fait pour téléphoner et surtout pour téléphoner lorsqu’on avait quelque chose d’important à dire. Cela entre en contradiction avec l’usage actuel du téléphone portable par les adolescents. Ce téléphone est pour eux moins un objet pour communiquer en tant que tel qu’un objet pour rester en lien. Le contenu des SMS envoyés quotidiennement est bien souvent très superficiel. Pour les parents, cet usage est jugé coûteux, mais certainement pas raisonné. Il en est de même pour les heures passées sur internet, sur les messageries instantanées.
D’ailleurs, il n’est pas rare que ce soit les adolescents qui initient leurs parents à l’usage des médias, surtout en ce qui concerne les plus récents, bien évidemment. (...)
S’intéresser aux pratiques médiatiques des adolescents
Toutes les difficultés présentées au préalable ne doivent pas empêcher les parents de rester présents, de s’intéresser aux médias utilisés par leurs adolescents. Même s’ils ne maîtrisent pas les compétences nécessaires, ils peuvent questionner l’adolescent sur ce qu’il fait, notamment sur ce qu’il voit sur internet. Les médias peuvent être de véritables sujets de conversation enfants/parents. Les parents ne doivent pas rejeter ce monde sous prétexte qu’il lui est étranger ou qu’il lui semble sans intérêt, sinon l’adolescent n’évoquera pas ses pratiques avec lui. (...)
Le risque, c’est que, même en cas de problème, l’adolescent ne va pas oser se tourner vers ses parents par peur d’être jugé, de s’entendre dire qu’on l’avait prévenu et que tel média ne pouvait qu’entraîner des effets néfastes. Les parents doivent donc rester ouverts. (...)
Tout cela n’empêche nullement de donner son avis. Les parents peuvent formuler leur scepticisme face à tel jeu vidéo ou leur désaccord avec ce qui vient d’être dit dans une émission de radio de libre antenne sans dénigrer tout ce que fait leur adolescent. Les adolescents seront alors satisfaits de constater que chacun est bien à sa place : les parents à leur place d’adultes avec les valeurs, les normes correspondant à leur statut et les adolescents à leur place d’adolescent qui essaient parfois de transgresser les normes et qui, en retour, bénéficient d’un jugement parental en accord avec les règles de la société.
Les parents doivent donc faire l’effort de s’intéresser aux pratiques médiatiques de leurs adolescents. Ils n’en pourront que mieux les comprendre.
Instaurer des limites d’utilisation
Cet intérêt ne doit pas empêcher l’instauration de limites, de règles quant à l’utilisation des médias. A l’ère de l’enfant-roi, où parce que l’enfant est devenu une personne, on finit par lui accorder un statut d’adulte. Un adolescent n’est pas un adulte. Il n’a pas encore intégré toutes les règles sociales. Il a besoin qu’on lui rappelle régulièrement que certaines pratiques ne sont pas compatibles avec une vie sociale. L’instauration de règles qui ne sont pas perçues comme arbitraires permet à l’adolescent de bien se construire. Comme l’affirme Daniel Marcelli, « Ne pas confondre l’adolescent qui regarde un film pornographique et à qui personne ne dit rien et celui qui le regarde en cachette de ses parents parce qu’il sait que ce n’est pas autorisé.(1) » Le premier pense que regarder un film pornographique est une activité normale, banale, le second sait qu’il transgresse l’ordre social, sait où sont les limites fixées par ses parents et par la société.
Par conséquent, l’usage des médias à tout moment de la journée pour une durée indéterminée n’est pas un droit pour les adolescents. Les parents ont toute autorité pour en fixer l’usage, un usage adapté à l’âge de l’adolescent et à ses besoins. Il ne s’agit pas de permettre l’accès à internet seulement entre 16 h et 17 h, ni même d’interdire le téléphone portable de manière arbitraire. Il s’agit de limiter les excès dont ne sont pas conscients les adolescents. Il n’est pas normal qu’un adolescent reste devant internet jusqu’à minuit alors qu’il a cours le lendemain comme il n’est pas normal de jouer aux jeux vidéo pendant plusieurs heures d’affilée, comme il n’est pas acceptable que le téléphone portable sonne à toute
heure de la journée et de la nuit quelle que soit l’activité familiale en cours. Chaque parent peut alors fixer les limites qui lui semblent socialement acceptables. Décentrer un adolescent d’un média auquel il consacre la plupart de ses loisirs peut être aussi un moyen de l’encourager à investir d’autres objets : le sport, la lecture, les conversations non virtuelles, le travail scolaire, etc.
(1)Marcelli, D, « Parents : une nouvelle angoisse de séparation » in L’école des parents n°559 Hors-série, Jeunes/Parents/Médias, Des relations @ décrypter,
Septembre 2006, pp. 64-66, p. 65.
Extrait de Les Ados et les médias, Catherine Pinet-Fernandes, coll. Eclairages, éd. Studyrama, 2008.
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