Dialogue adultes/adolescents. Résultats de l’enquête Ipsos Santé.
Ipsos Santé, à la demande de la Fondation Wyeth, s’est penché sur le regard que portent les adolescents sur la société et sur la confiance qu’ils ont dans les adultes.
Ces enquêtes s’inscrivent dans la philosophie du 3ème Forum Adolescences qui consiste à croiser en permanence les regards des jeunes et des adultes : comment l’adolescent envisage-t-il la vie et le monde adulte ?, et, à l’inverse, comment la société adulte se représente-t-elle les adolescents ? (Résultats 2007)
Au sein de la population des 25 ans et plus, une majorité d’adultes déclare être en contact régulier avec des adolescents.
57% des adultes de 25 ans et plus indiquent être en contact régulier avec des adolescents qu’il s’agisse d’un cadre personnel ou professionnel... a contrario 42% des adultes considèrent ne pas l’être.
La question des relations adolescents/adultes touche donc une majorité de la population. Elle constitue en ce sens un véritable enjeu de société. Ce chiffre nous révèle que l’entourage adulte des adolescents, certes très marqué par les parents et les professeurs, comporte d’autres figures adultes familières pour les adolescents.
Parmi notre échantillon national représentatif des 25 ans et plus :
13%* sont parents d’un ou plusieurs adolescents ;
14%* des adultes interviewés considèrent être en contact régulier avec des adolescents dans le cadre de leur activité professionnelle. Parmi ceux-ci 40% estiment pouvoir intervenir auprès d’eux directement et 37% fortement auprès d’eux. Ce qui nous amène à considérer que parmi les 25 ans et plus environ 5% ont une activité professionnelle impactant directement et fortement les adolescents.
38%* des adultes interviewés sont en contact régulier avec des adolescents dans leur vie personnelle. C’est parmi-ceux-ci que l’on trouvera les membres de la famille, les amis de la famille, les autres adultes de l’entourage auxquels les adolescents font référence.
Aussi ces différents profils, représentent-ils des publics particulièrement importants dans le domaine de la prévention des risques auprès des adolescents.
L’environnement adulte des adolescents, au-delà des figures des parents et des professeurs, qui sont les autres adultes avec lesquels les adolescents sont amenés à dialoguer ?
C’est sans surprise les adultes de la famille, qui en dehors des parents, constituent d’après les adolescents leurs interlocuteurs les plus réguliers, loin devant les autres types d’interlocuteurs. 67% des adolescents disent être amenés à parler régulièrement à des adultes de leur famille (hors père et mère) et 28% de temps en temps.
Viennent des interlocuteurs plus ponctuels : les amis de la famille (84% sont amenés à parler avec eux dont 39% régulièrement), les adultes de l’entourage (84% dont 34% régulièrement). Il apparaît qu’ils sont amenés à parler avec les professionnels des loisirs plus ponctuellement : 22% jugent qu’ils sont amenés à leur parler régulièrement et 41% de temps en temps. Ils sont moins nombreux à évoquer les autres professionnels de l’école (en dehors des professeurs) comme des personnes avec lesquels ils parlent (7% déclarent le faire régulièrement et 41% de temps en temps) ; ceux-ci constituent néanmoins des acteurs de l’environnement quotidien des adolescents.
Baromètre du bien-être des adolescents : les adolescents déclarent aller bien mais les adultes portent sur eux un regard inquiet.
Le portrait que les adolescents dressent d’eux-mêmes nous porte cette année encore loin des noirs tableaux que certains dépeignent parfois à leur sujet. Ils nous disent qu’ils vont bien ou très bien pour une très large majorité d’entre eux.
Le baromètre est très stable, un léger tassement (moins 6 points) concernant le fait de se sentir bien à l’école est néanmoins à constater, et devra être surveillé.
Le regard porté par les adultes sur les adolescents est sombre et nettement plus inquiet : pression, mal-être, difficultés relationnelles sont décrites par une majorité d’adultes. Cette perception est, en plus de l’expérience, construite par l’ensemble des discours médiatiques et sociaux sur les adolescents.
Les adultes, et a fortiori les adultes en contact professionnel avec des adolescents, comme les médecins (étude 2006), ont visiblement tendance à voir les adolescents « plus mal » que les adolescents ne se définissent eux-mêmes lorsqu’on les interroge personnellement. Ce décalage paraît logique concernant les professionnels (comme cela l’était avec les médecins en 2006). Ils apprécient le bien-être des adolescents par rapport à leurs expériences parfois difficiles et ils retiennent éventuellement les situations les plus problématiques voire pathologiques...
Le décalage adolescents/adultes est patent sur les principaux indicateurs. Il est plus saillant sur la dimension « mal dans la peau », que les adultes et en particulier les professionnels attribuent majoritairement aux adolescents, ainsi que le sentiment de pression, que les adolescents reconnaissent intimement beaucoup moins que ne leur prêtent les parents et les « professionnels ».
On constate que les professionnels sont soit nettement moins positifs, voire sont plus négatifs que ne le sont les parents d’adolescents interrogés.
Le dialogue avec les parents
• 82% des adolescents déclarent pouvoir parler facilement avec leurs parents,
• 50% des adultes de 25 ans et plus jugent que les adolescents peuvent facilement parler avec leurs parents,
68% des parents d’adolescents pensent que les adolescents peuvent facilement parler avec leurs parents,
44% des adultes « professionnels » le considèrent.
Le bien-être à l’école
• 73% des adolescents déclarent se sentir bien à l’école,
• 47% des adultes pensent qu’en général, les adolescents se sentent bien à l’école
59% des parents d’adolescents pensent que les adolescents se sentent bien à l’école,
42% des professionnels déclarant être en contact avec des adolescents dans le cadre de leur activité professionnelle pensent que les adolescents se sentent bien à l’école.
La pression
• 39% des adolescents jugent qu’ils sont sous souvent pression,
• 81% des adultes interrogés voient les adolescents comme souvent sous pression,
76% des parents d’adolescents perçoivent que les adolescents sont souvent sous pression,
88% des adultes « professionnels » considèrent que les adolescents se sentent souvent sous pression.
Le fait d’être mal dans sa peau
• 19% des adolescents pensent qu’ils sont souvent mal dans leur peau,
• 72% des adultes interrogés considèrent que les adolescents sont souvent mal dans leur peau,
57% des parents d’adolescents le pensent,
72% des adultes « professionnels » le jugent.
Difficultés à aller vers les autres
• 21% des adolescents disent avoir des difficultés à aller vers les autres,
• 48% des adultes interrogés pensent que les adolescents ont des difficultés à aller vers les autres,
43% des parents d’adolescents pensent qu’ils ont des difficultés à aller vers les autres,
47% des adultes « professionnels » le pensent.
Les adolescents qui semblent aller moins bien dans cette étude, sont aussi ceux qui bénéficient d’un moindre dialogue avec des adultes
Ces différents indicateurs de bien-être (voir ci-dessus) permettent d’identifier que 8% des adolescents rassemblent un faisceau de signes de mal-être.
Comment éviter que certains d’entre eux ne basculent dans des risques ou problèmes mettant en danger leur santé ? Comment s’assurer, par ailleurs, que ce groupe d’adolescents en difficultés, aujourd’hui marginal, ne s’accroisse au fil du temps ? Le dialogue existant avec l’entourage adulte paraît être un facteur déterminant du bien-être des adolescents et devoir jouer un rôle majeur auprès de ceux-ci.
En effet, les adolescents qui dans cette enquête témoignent d’un bien-être très à assez positif (70%) sont plus nombreux à indiquer parler régulièrement avec les adultes de leur entourage.
A contrario, ceux qui se révèlent rencontrer plus de difficultés (mal-être, insatisfaction, pression... relevés auprès d’une frange de 8%...) sont visiblement moins régulièrement amenés à parler avec des adultes que les autres.
Au sein de la population nationale des 15-18 ans, l’étude permet d’estimer que moins de 1% des adolescents ne bénéficient d’aucun dialogue avec des adultes, au-delà de celui qui peut exister avec les parents ou les professeurs. Parmi les adolescents de 15 à 18 ans interrogés, 16% peuvent être considérés dans un environnement de dialogue avec des adultes tout à la fois régulier et diversifié (amenés à parler régulièrement avec au moins 4 profils différents parmi ceux cités).
L’image des adolescents dans la société : une histoire de malentendu ?
On est frappé du décalage entre l’image que les adultes interrogés déclarent avoir des adolescents et celle qui est perçue par les adolescents.
Une large majorité des adolescents, 71%, pense en effet qu’en général les adultes ont une mauvaise image des adolescents. Pourtant, 86% des adultes interrogées déclarent avoir une bonne image des adolescents.
Le sentiment d’une mauvaise image des adolescents est très majoritaire et doit attirer notre attention.
Ce hiatus, renvoie-t-il à un malentendu naturel entre les générations ou correspond-il au malaise d’une adolescence vécue comme un stigmate ? Renvoie-t-il à une crise de confiance entre adolescents et adultes ?
Les adolescents jugent-ils d’abord l’image de leur groupe du point de vue médiatique, image qu’ils amalgameraient comme étant celles des adultes, alimentant le sentiment exprimé dans l’étude qualitative qu’être adolescents est un stigmate ou encore que les adultes ne font pas confiance aux adolescents ni aux jeunes.
Adolescents/adultes, une image réciproquement positive
86% des adultes estiment avoir une bonne image des adolescents. Exactement la même proportion d’adolescents, déclare qu’ils ont une image positive des adultes.
Cette image réciproquement positive se situe de part et d’autre sur des opinions moyennes, la bonne image s’avère très majoritairement « assez bonne » et très minoritairement « très bonne ».
Côté adultes
A noter certaines différences significatives concernant l’image des adolescents :
Les adultes disposant des revenus les plus élevés se montrent plus bienveillants concernant l’image des adolescents, de même que les personnes vivant dans des communes rurales. Aucune différence significative par sexe, ni âge n’est relevée sur cette question d’image des adolescents.
Côté adolescents
Les filles sont légèrement plus nombreuses à avoir une bonne image des adultes que les garçons du même âge (7 points d’écart).
Les adolescents qui considèrent personnellement appartenir à une catégorie favorisée (catégorie subjective qui ne correspond pas à l’appréciation objective de la CSP de leurs parents mais au sentiment d’être favorisé ou pas) ont une meilleure image des adultes que ceux qui se classent parmi les défavorisés (19 points d’écart).
Enfin, les adolescents qui montrent dans l’étude le plus de difficultés sont aussi les adolescents qui voient plus négativement les adultes (21 points d’écarts par rapport aux adolescents les plus à l’aise).
Plus les adultes sont proches des adolescents, plus ils les voient positivement ? Moins les adolescents sont en contact avec des adultes, moins ils les voient positivement ?
Côté adulte
L’image des adolescents varie en fonction du type de contacts entretenus avec eux. On constate que plus on est proche, dans un cadre personnel, des adolescents, plus on en a une image positive.
Les parents et les relations personnelles sont ainsi plus nombreux à déclarer avoir une image positive des adolescents (respectivement 92 et 93% de ces populations ont une image positive des adolescents).
Les personnes ayant des contacts avec des adolescents dans le cadre de leur activité professionnelle sont en revanche légèrement moins nombreuses que ces proches à considérer avoir une bonne image de ce groupe. 88% de ces professionnels ont une image positive des adolescents (vs 86% de l’ensemble et 92% des parents). Les personnes qui n’ont pas de contact avec les adolescents sont moins nombreuses à en avoir une image positive : 78%.
Côté adolescent
Les adolescents qui ont le moins de contacts réguliers avec des adultes, ont plus souvent d’eux une image négative.
Une vision contrastée de l’adolescence
Les bornes de l’adolescence
Quand les adultes considèrent-ils qu’un enfant est devenu un adolescent et qu’un adolescent est devenu un adulte ? Quand les 15-18 ans considèrent-ils le début de l’adolescence et la fin de cette période ?
Les deux études menées en regards croisés établissent que s’il y a convergence de vues, la pyramide du début de l’adolescence n’est néanmoins pas exactement symétrique entre adolescents et adultes. Une partie des adultes tendent à voir l’entrée dans l’adolescence plus tôt, que ne l’envisagent les adolescents concernés.
Au final l’adolescence durerait en moyenne 5 ans pour les adolescents et une durée à peu près équivalente pour les adultes.
L’adolescence : pire ou meilleur moment de la vie ?
Les opinions divergent sur ce point entre adultes et adolescents mais aussi parmi ces populations.
Les avis sont plus contrastés parmi les adultes : un sur quatre juge que l’adolescence est le meilleur moment de la vie, tandis qu’une proportion égale considère que c’est le pire moment de la vie.
Les adolescents sont eux nettement plus nombreux à voir dans l’adolescence le meilleur moment de leur vie : 39% partagent cet avis, tandis qu’une presque majorité (tout comme chez les adultes) perçoit ce moment comme une étape comme une autre.
Côté adultes
Les hommes adultes paraissent plus nostalgiques de cette période de leur vie que ne le sont les femmes (30% pensent que c’est le meilleur moment de la vie vs 18% des femmes). Les moins diplômés voient cette période de la vie plus souvent comme la pire des périodes (35% vs 24% des plus diplômés).
36% des parents d’adolescents pensent que c’est le meilleur moment de la vie. A l’opposé, les « professionnels » sont le groupe parmi lequel on trouve le plus de personnes qui perçoivent l’adolescence comme le pire moment de la vie (32% vs 22% des parents).
Côté adolescents
Pour les adolescents dont les indicateurs de bien-être sont au plus haut (dialogue avec les parents, bien-être à l’école, moindre difficulté relationnelle, moindre sentiment de pression...), l’adolescence est perçue plus souvent comme le meilleur moment de la vie. Pour ceux qui au contraire rencontrent des difficultés, l’adolescence représente sans surprise pour une plus importante part d’entre eux le pire moment de la vie (33% voient l’adolescence comme le pire moment de la vie tandis que seulement 12% de la population des 15-18 ans le pensent).
Rappel de la méthodologie :
803 adolescents de 15 à 18 ans ont été interrogés en face-à-face (sortie d’établissements scolaires et domicile) du 22 au 26 janvier 2007 par des enquêteurs d’Ipsos.
Les 803 individus constituent un échantillon national représentatif construit grâce à la méthode des quotas (sexe, âge, filière scolaire, après stratification par taille d’agglomération et région) à partir des données Insee et de l’Education Nationale.
858 adultes de 25 ans et plus ont été interrogés par téléphone les 26 et 27 janvier 2007 par des enquêteurs d’Ipsos.
Les 858 individus constituent un échantillon national représentatif construit grâce à la méthode des quotas (sexe, âge, CSP, après stratification par taille d’agglomération et région) à partir des données INSEE.
Nous avons défini par adolescent, toute personne âgée de 13 à 18 ans.
Pour plus d’informations sur l’enquête : www.forum-adolescences.com
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