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Pour quelle école opter : généraliste ou spécialisée ?

Donner un bagage scientifique, technique et managérial doublé d’une spécialisation sectorielle : telle est la vocation des quelque 230 écoles d’ingénieurs. Mais certaines sont plus généralistes que d’autres.

Par Karine Darmon

La frontière entre les écoles généralistes et spécialisées n’est pas toujours simple à cerner. Théoriquement, nombreuses sont les écoles qui forment des spécialistes dans leur domaine scientifique et technique comme celui de « l’exploration et la valorisation des matières premières » (physique, matériaux, métallurgie, énergétique, géophysique, géologie, thermique, mécanique des fluides, environnement), des « systèmes industriels » (électricité, électrotechnique, productique…), de « l’exploitation des ressources animales et végétales » (agronomie, biologie, écosystèmes…), des « technologies de l’information et de la communication » (informatique, télécommunications, électronique…), de la « chimie et des sciences des procédés » (chimie lourde et fine…).

Une spécialité aux multiples débouchés
Ainsi, l’un des cycles préparatoires intégrés de la Fédération Gay-Lussac, qui dispense un enseignement plus orienté vers la chimie, ouvre l’accès aux cycles ingénieurs des 18 écoles de chimie et de génie chimique. Les ENI, les INSA et les écoles du GEIPI (écoles publiques) sont soit généralistes, soit spécialisées.

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L’élève ingénieur y suit pendant 5 ans une formation au métier d’ingénieur combinant stages, projets industriels, conférences qui alternent avec des cours « classiques » scientifiques, de technologie, mais aussi de gestion, de droit, de management et de langues étrangères. Au cours de leur scolarité, les étudiants ont la possibilité de partir un semestre ou un an à l’étranger dans le cadre des échanges européens Erasmus.
En pratique, les intitulés des écoles ne reflètent pas toujours la réalité de leur contenu pédagogique. Ainsi Sup Aéro (aujourd’hui ISAE), si elle prépare des ingénieurs destinés au monde aéronautique et spatial, forme d’abord des ingénieurs généralistes qui font finalement carrière dans les métiers de la banque, du conseil et de l’industrie. Les ingénieurs Itech Lyon, spécialisés dans le textile technique, intègrent tout aussi bien des entreprises du textile mais aussi d’autres branches industrielles utilisatrices de matériaux textiles (chimie, luxe, automobile, lingerie, médical, sport-loisirs, construction de machines textiles et grande distribution).

Un peu ou beaucoup généraliste ?
En théorie, les ingénieurs généralistes, même s’ils choisissent une orientation sectorielle, sont capables de s’adapter à une multitude de métiers différents. Mais alors pourquoi les écoles disent-elles former des ingénieurs généralistes alors qu’elles entrent dans un domaine de spécialisation ? Parce que certaines écoles proposent un tronc commun en 1re année de cycle ingénieur avant d’amener leurs élèves vers la voie d’une spécificité sectorielle ou fonctionnelle en 2e ou en 3e année ; tandis que d’autres lissent cette approche professionnelle tout au long du cursus ingénieur.
Les écoles qui recrutent après le bac misent sur la formation généraliste académique en cycle préparatoire, à l’instar du cycle préparatoire polytechnique (CPP) implanté à Grenoble, Nancy et Toulouse qui permet d’intégrer l’une des 20 écoles d’ingénieurs des INP (Instituts nationaux polytechniques). D’autres « prépas intégrées » introduisent des dominantes métiers, des stages, des spécificités pédagogiques pour découvrir progressivement le monde de l’entreprise.

Allier savoir-faire technique et scientifique
À moins d’avoir une idée très précise de son projet professionnel, comme celle de faire de la recherche fondamentale et appliquée, devenir ingénieur d’affaires ou travailler dans un secteur d’activité particulier (BTP, automobile, informatique, agronomie, agroalimentaire, etc.), la formation généraliste présente toutefois un intérêt majeur pour les indécis : celui de s’initier aux différents domaines de l’ingénierie. Et de suivre des carrières totalement différentes.
Parmi une cinquantaine d’anciens élèves de l’ISEN, on retrouve des ingénieurs, des chercheurs, mais aussi des consultants, des dirigeants, des chefs de projets, des enseignants mais aussi des pilotes de ligne, des écrivains, etc. L’école dit former des ingénieurs généralistes des hautes technologies mais n’en oublie pas son domaine de prédilection qu’est l’électronique. Pourquoi ? Parce que de l’imagerie médicale au GPS en passant par la domotique : plus personne ne peut ignorer l’électronique et ses applications.
Ensuite, ces hautes technologies se développent de manière transversale dans des activités telles que l’automobile, l’aéronautique, les télécommunications. Enfin, la complexité de ces domaines exige des qualités humaines en termes de communication, de conduite de projet, d’éthique personnelle. Ainsi, si les élèves ingénieurs choisissent une orientation sectorielle, ils demeurent des ingénieurs généralistes capables de s’adapter à une multitude de métiers différents.
Généralistes, toutes les écoles le sont peu ou prou. Priorité est donc donnée à la formation qui allie des savoir-faire scientifiques et techniques de pointe et un enseignement de formation générale axé sur l’acquisition de langues étrangères, la communication et la connaissance du monde de l’entreprise.
Mais si la théorie est essentielle, il est indispensable de la mettre en application. Entre les travaux pratiques, les stages, le choix d’une dominante et d’un métier s’affine aux cours de la scolarité. Prenez le temps de déterminer précisément votre orientation académique laquelle va conditionner votre orientation dans la vie professionnelle.

Entretien

Qu’est-ce qui distingue les écoles généralistes des écoles spécialisées ?

La réponse de Michel Mudry, délégué général de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI).
« Toutes les écoles proposent des options de spécialité. Toutefois, une école se dit généraliste lorsqu’elle propose un tronc commun de formations variées qui va de la mécanique, de la chimie, en passant par l’électronique, etc., et lorsqu’elle accorde une place prépondérante en volume à celui-ci. Les écoles spécialisées sont celles qui, dès l’entrée, intègrent les étudiants dans un département en leur donnant précocement une spécialité. Contrairement au monde médical qui veut que les patients aient une plus grande révérence à l’égard des spécialistes que des généralistes, l’ingénieur généraliste est plus coté. Les écoles historiques comme Polytechnique ou Centrale ont construit leur formation sur un socle généraliste. Inversement, des écoles comme les Mines, les Ponts, Supélec sont devenues généralistes après avoir longtemps été spécialisées. Mais les besoins de l’industrie et des entreprises sont tels que le marché exige des ingénieurs diplômés qui fassent preuve d’adaptabilité. Ce qui alimente cette tendance à former plus généralistes. En revanche, une école spécialisée comme Sup’Aéro, par exemple, forme davantage de généralistes. Pourquoi ? Parce l’objet qu’est l’avion assemble toutes les disciplines : l’informatique, l’électronique, les télécommunications, l’avionique, la mécanique des structures, l’aérodynamique, la thermodynamique, etc. L’avion est un système complexe et les ingénieurs doivent en maîtriser la globalité. »

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