« Entre les murs » : palme d’or au collège
A l’heure des bulletins scolaires, c’est une palme d’or qui a couronné des élèves du collège Françoise Dolto, en mai 2008. Retour sur "Entre les murs", de Laurent Cantet ; un film parfois drôle, souvent poignant et quelque peu surprenant.

C’est l’histoire d’Esméralda, déléguée des élèves d’une classe de quatrième, en ZEP, à Paris. C’est aussi l’histoire de Souleymane, un collégien qui décroche peu à peu de la vie scolaire. Ou encore celle de François Marin, jeune professeur de français. On peut aborder Entre les murs sous une multitude d’angles. Certains penseront y trouver une illustration de leur propre diagnostic de l’Education nationale. Pourtant, le propre du film reste bel et bien sa complexité. De cette chronique n’émerge aucune réponse toute faite, mais une foule de questions sur l’école et la vie en société.
Un étonnant jeu de miroirs
Les élèves ont composé leurs personnages au fil des ateliers qu’ils ont suivis durant l’année scolaire 2006-2007. On a du mal à le croire, tant ils semblent naturels à l’écran. Le scénario résulte des expériences relatées par François Bégaudeau, professeur de lettres, dans son livre Entre les murs. L’auteur joue d’ailleurs son propre rôle dans le film, mais les scènes ont été reconstruites par le cinéaste Laurent Cantet, puis modulées lors du tournage, selon les réactions des élèves.
Des collégiens qui jouent des rôles de collégiens, un prof qui retrouve sa place devant une classe... A priori tout était clair ; c’est justement là que les fils s’emmêlent et que l’on s’interroge : tout cela s’est-il vraiment passé ? Le professeur enseigne-t-il dans le film comme dans la vraie vie ? Il s’agit d’une fiction ; mais les frontières avec le documentaire ne sont pas nettes, étant donné la construction linéaire. Face à cette ambiguïté, le spectateur est invité à revisiter ses souvenirs d’élèves, repense au quotidien de ses enfants, de ses amis ou voisins professeurs, réfléchit aux relations professionnelles...
Au-delà des partis pris
Finie, l’ère du Cercle des poètes disparus et du mentor admiré des élèves. François Marin ne se trouve pas face à un public tout acquis à sa cause. Les adolescents n’hésitent pas à contester l’objet de son cours. Mais leur professeur ne leur laisse pas le dernier mot et préfère l’ironie quand montent les tensions. Cependant, le cynisme menace et certaines de ses remarques sont même gênantes, jusqu’au jour où tout dérape...
La caméra ne favorise ni les uns ni les autres. Elle souligne les difficultés qui surgissent dans cette « communauté de 25 personnes qui ne se sont pas choisies, mais qui sont appelées à se côtoyer et à travailler entre quatre murs pendant une année », selon les mots de Laurent Cantet. Elle ne s’arrête pas sur le contenu des programmes ou le déroulement d’une leçon, mais sur le cadre lui-même. Quelles sont les conditions dans lesquelles se transmettent les connaissances ? Quelle est la place du professeur ? A quels problèmes peut-il se heurter ?
Entre les murs est un film dont on a beaucoup parlé - ce qui peut lasser - dont on parlera encore - le film sort le 24 septembre 2008 en salles et entre dans la course aux Oscars - et qui nous parle de nous, parce qu’au cœur d’enjeux éducatifs et sociaux actuels. A vous de voir !
Aurélie Djavadi
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