Jeux dangereux, alertez vos enfants
1 million d’enfants, âgés de 7 à 17 ans, ont déjà assisté ou participé à des jeux dangereux : c’est l’inquiétant constat d’une enquête nationale menée par TNS Sofres* en 2007. Comment s’y prendre alors pour avertir les enfants de leurs dangers ? Magali Duweltz**, présidente de l’association SOS Benjamin, œuvre depuis 12 ans pour la prévention de ces conduites à risques et nous livre ses conseils.

D’après l’enquête, les parents ne sont pas conscients de la précocité de ces pratiques : près de 40% d’entre eux pensent que les jeux dangereux ne sont pas pratiqués à l’école primaire. A partir de quel âge faut-il en parler avec son enfant ?
Il faut en discuter le plus tôt possible. Des pratiques de ce genre ont été constatées dès le CP, voire en maternelle. Les plus jeunes sont initiés par leurs aînés et reproduisent ce qu’ils ont vu. Mais il est plus facile d’endiguer ce phénomène chez les petits enfants, car ils agissent devant les adultes. En primaire ou au collège, les élèves établissent entre eux des codes pour lancer, choisir le jeu et désigner le bouc émissaire ; ces signaux, discrets, sont donc difficiles à déceler par les adultes.
Comment aborder le sujet ?
En discuter, c’est indispensable mais c’est aussi très délicat : il s’agit de prévenir ses enfants sans dramatiser, de savoir s’ils participent à des jeux dangereux, sans toutefois leur donner de mauvaises idées. Comment s’y prendre alors ? Il faut évaluer d’abord leur degré d’information et leurs pratiques. Amorcez le dialogue par des questions : « Comment se passent les récréations ? » « Avec qui et à quoi joues-tu ? » En fonction des réponses, vous adapterez votre discours. Soyez toujours à l’écoute ; c’est parfois l’enfant qui prend les devants : il fait quelques allusions, puis renonce, par honte ou crainte d’être réprimandé.
Quels messages leur délivrer ?
L’autorité des copains est plus forte que celle des parents ; car l’enfant veut s’intégrer dans le groupe. Sur lui pèse la menace du « t’es pas cap » et d’insultes comme « lâche », « bouffon ». Vous devez donc lui apprendre à dire non et aussi le responsabiliser : ne pas donner de mauvais exemple à ses petits frères et sœurs, aider ses amis en cas de danger.
Autre point important, lui apprendre à respecter son corps et celui des autres.
« 67% des parents sont persuadés que leur enfant ne participerait pas à ce type de jeux, convaincus que celui-ci a conscience des dangers et est assez mature pour maîtriser les risques », c’est l’une des conclusions de l’enquête. Pensez-vous qu’il faut prendre garde plus particulièrement à certains enfants ou tout le monde est-il concerné ?
Les parents ne veulent pas croire que leur enfant puisse y participer, en effet. Mais tout le monde est concerné. Mon fils Benjamin connaissait toutes les règles de sécurité : lorsqu’il nous accompagnait à la pêche, il était prudent avec les hameçons, il savait qu’il ne faut jamais mettre un sac plastique sur sa tête... Ce qui ne l’a pas protégé du « jeu du foulard » ; il en est mort. Le comportement des enfants peut changer à l’extérieur, quand jouent la pression et l’influence du groupe. Ils ne veulent pas se mettre à l’écart et cherchent également à se sentir forts en bravant les limites et les interdits.
Par ailleurs, il faut veiller sur les enfants timides, qui « s’entraînent » chez eux en cachette pour montrer ensuite à leurs amis qu’eux aussi sont capables. Une situation d’autant plus dangereuse que personne ne pourra donner l’alerte. Ils peuvent mourir en moins de 3 minutes en cas de non-oxygénation.
Quels signes doivent alarmer les parents ?
Des symptômes physiques indiquent que l’enfant peut avoir participé à des jeux dangereux, comme des joues rouges, des bourdonnements d’oreilles, des maux de tête. Mais son attitude donne aussi beaucoup d’indices : il pose des questions en rapport avec la mort, se renseigne sur le corps humain et son fonctionnement.
Nous publions des plaquettes d’information sur notre site, www.sosbenjamin.org, pour diffuser le maximum d’informations auprès des parents et nous demandons la mise en place de structures médicales spécifiques, pour une prise en charge des victimes et de leurs familles.
Propos recueillis par Aurélie Djavadi
* Enquête nationale réalisée par TNS Healthcare Sofres, commanditée par l’association SOS Benjamin et financée par la Fondation de France. (septembre 2007)
**Magali Duwelz a publié Alerte aux jeux dangereux, éd. Le Cercle des auteurs.
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