L’autisme infantile
L’autisme de Kanner
L’autisme de l’enfant décrit par Kanner en 1943 se traduit par différents signes cliniques. Il appartient à la catégorie dite des « troubles envahissant
du développement » et se définit généralement comme un trouble caractérisé par l’isolement, un défaut profond des liens affectifs avec autrui, un besoin impérieux de maintenir l’immuabilité et des bizarreries du comportement
(stéréotypies.). Ce trouble apparaît chez l’enfant avant l’âge de 30 mois.
Isolement
L’enfant adopte une conduite d’isolement, c’est-à-dire qu’il présente une incapacité à établir un système adéquat de communication. La première année, le bébé est calme et facile. Il paraît indifférent aux personnes et semble satisfait quand il est seul. C’est un enfant qui ne tend pas les bras, qui présente un mauvais ajustement postural. Il n’y a pas de sourire réponse entre le deuxième et le troisième mois, et pas d’angoisse de l’étranger au
huitième mois. Les deuxième et troisième années, l’enfant n’a pas de contact avec l’entourage ; il est soit indifférent, soit très vigilant. Il refuse le contact
physique avec autrui ou entre les différentes parties de son corps. Il ne montre pas de réaction particulière au départ ou au retour des parents, et
se situe plutôt en retrait. Il se replie davantage sur des activités stéréotypées avec utilisation d’objets bizarres, comme des bouts de ficelle qu’il tortille ou
manipule. Il a un intérêt assez compulsif pour des objets qu’il gratte, tapote ou dont il écoute les bruits produits, qu’il fait rouler. L’enfant autiste préfère
les objets roulants. Il peut jouer des heures avec le même jouet.
Conduites motrices
Au niveau des conduites motrices, l’enfant présente des troubles au niveau du tonus dans le sens d’une hypotonie, surtout la première année ; l’hypertonie
étant plus rare. La gestualité est inhabituelle : l’enfant affiche des jeux de mains qui persistent au-delà de cinq mois, comme les jeux d’ombre et de lumière. Il montre des stéréotypies motrices comme marcher sur la pointe
des pieds, battre des ailes avec les mains ou incliner la tête. L’enfant présente en dernier lieu une agitation permanente ; il ne peut jamais rester
assis, se heurte aux objets, et s’inscrit dans un mouvement perpétuel.
Troubles du langage
L’enfant autiste présente des troubles du langage : il s’agit toujours d’un langage non fonctionnel qui n’est pas destiné à la communication. Le langage peut ainsi être absent, l’enfant émet alors des bruits particuliers
comme des cris aigus, des bruits de crécelle ou des ululements. Il peut être retardé.
Dans ce cas, le langage apparaît de manière anarchique et brutale
entre 4 et 5 ans, par blocs de phrases entières, et peut être purement écholalique (l’enfant répète le dernier bout de phrase dit par une personne, c’est-à-
dire des répétitions littérales, immédiates ou différées) ou revêtir la forme d’un chantonnement. Quand le langage est présent, il existe des anomalies
au niveau de la prosodie (totalement plate ou chantée), des inversions pronominales (utilisation du « tu » pour le « je »). On note la présence de
néologismes et de stéréotypies verbales (inadaptées dans le discours de l’enfant). En dernier lieu, il peut s’agir d’une régression d’un langage préalablement
acquis pouvant aller jusqu’à un pseudo-mutisme.
Troubles des fonctions intellectuelles
L’enfant autiste présente également des troubles des fonctions intellectuelles.
En effet dans trois cas sur cinq, il existe un retard mental associé de gravité variable, le plus souvent léger ou moyen. Cependant, quel que soit le fonctionnement
intellectuel, les capacités de l’enfant ne sont pas homogènes.
Troubles affectifs
Au niveau des troubles affectifs, l’enfant montre des oscillations rapides de l’humeur, allant de l’exubérance ou l’excitation à la prostration motrice ou
l’inhibition. Il est également sujet à de fréquentes crises d’angoisse qui
peuvent être déclenchées par des situations de frustration minimes ou qui émergent spontanément. Ce sont des crises d’angoisse massive lors desquelles l’enfant se retrouve dans une grande agitation avec agressivité dirigée
vers l’autre ou autoagressivité.
Conduites mentalisées
En ce qui concerne les conduites mentalisées, l’enfant affiche des comportements ritualisés (coucher, repas), des conduites stéréotypées. Il fait une véritable
crise d’angoisse et de désespoir si une personne lui modifie son rituel, un meuble ou un objet. Il s’agit de maintenir l’environnement identique, et
seul l’enfant peut le modifier. La mémoire de ces enfants est phénoménale en ce qui concerne l’agencement, même après quelques jours. Ce désir de
conserver les objets dans un ordre immuable entraîne une activité ritualisée, et l’enfant exige le respect de ces rites. L’activité spontanée est réduite.
Niveau somatique
Sur le plan somatique, l’enfant présente des troubles du sommeil avec des insomnies calmes (l’enfant reste dans son lit les yeux ouverts, et calme) ou des insomnies agitées (l’enfant se cogne la tête, se donne des coups de
poings sur la tête, ce qui oblige les parents à rester à ses côtés). Des troubles alimentaires précoces sont possibles comme des défauts de succion, des
difficultés à téter, une anorexie précoce ou des vomissements. Au niveau des
troubles sphinctériens, on retrouve une énurésie ou une encoprésie souvent primaire mais parfois secondaire. En dernier lieu, il existe une épilepsie qui s’associe à l’autisme dans un cas sur trois et qui peut survenir plus tard.
Certaines théories explicatives de ce trouble postulent l’existence d’ angoisses précoces qui vont persister et durer tout au long de l’enfance, et qui vont
perturber les relations avec les autres. Ce sont des angoisses envahissantes
qui empêchent la construction d’un appareil psychique. Ces angoisses peuvent être dues à une mère (ou son substitut) froide, indifférente ou dépressive (qui peut expliquer le retrait social).
Un diagnostic précoce peut aider l’enfant et la famille en permettant la mise en place de soins précoces. Cela donne la possibilité de prévenir les troubles
secondaires comme le repli, les stéréotypies ou l’agressivité, et de réduire les difficultés sociales et psychologiques. En aucun cas le diagnostic
d’autisme ne peut être prononcé avant l’âge de 2 ans.
Le syndrome d’Asperger
Le syndrome d’Asperger constitue un syndrome autistique différent du trouble autistique, et appartient à la catégorie dite « des troubles envahissants
du développement ».
Asperger (1944) a observé quatre enfants de 6 à 9 ans, caractérisés par des difficultés de développement qui portent sur les relations avec les autres
personnes, le retrait, et les bizarreries de comportement.
Ce syndrome présente différentes caractéristiques cliniques au niveau du langage, de la communication, des interactions sociales, de l’intelligence,
du changement, de la sensorialité et de la motricité.
Le langage
Le langage apparaît pédant et inhabituel pour son âge, avec des expressions originales. Le discours est souvent long avec des grandes phrases et prend l’allure d’un discours livresque. L’enfant rencontre des difficultés pour
trouver des mots de vocabulaire simples. Le discours est fabriqué de phrases dites par les adultes qu’il côtoie. L’enfant apporte beaucoup d’informations
quand il parle. Il présente un style socialement inapproprié. La prosodie est particulière et associée à un contenu discursif très riche mais un peu plaqué.
Communication
La communication est non-verbale. L’enfant est peu expressif sur le plan de la gestualité, les expressions faciales sont pauvres, il y a peu de mimique
alors que les affects st riches.
Interactions sociales
En ce qui concerne les interactions sociales, il existe de nombreuses fuites du contact par le regard et des fuites du contact auditif. L’enfant commet nombre de maladresses comme le fait de s’interposer entre deux personnes
ou de prendre la parole. L’enfant rencontre des difficultés à contrôler les besoins informationnels des autres personnes et à se montrer empathique. Il
existe un problème de réciprocité émotionnelle et une méconnaissance des règles sociales, de la vie en groupe, en famille... Il possède des connaissances
intellectuelles des règles sociales mais ne peut pas les utiliser dans la pratique.
Résistance au changement
L’enfant montre une résistance au changement, c’est-à-dire des difficultés à accepter des modifications de programme. Cela va entraîner des rituels qui envahissent toute sa vie. Il supporte difficilement l’inopiné ou l’inhabituel et
recherche de ce fait la régularité, quitte à l’installer de façon intense.
Intelligence
L’enfant possède une intelligence normale ou supérieure à la normale. Il rencontre des difficultés d’attention et de concentration, alors qu’il possède les compétences pour lire et comprendre.
Sensorialité
Au niveau de la sensorialité, il affiche des préférences marquées pour certains goûts ou certains aliments. Il montre des préférences tactiles et peut
avoir des répulsions intenses pour certaines textures. Concernant les perceptions
auditives, il y a une hypersensibilité au bruit (hyperacousie, hyperesthésie au bruit) qui peut être associée à une hyposensibilté : ces enfants
peuvent être sourds à certains sons. A propos des perceptions visuelles, la perception de l’espace et du mouvement est souvent défectueuse.
Coordination motrice
On observe un certain nombre de particularités qui font penser aux dyspraxies. Il existe ainsi une difficulté de contrôle des mouvements globaux, ce qui rend l’enfant maladroit et pataud. Cela peut contraster avec
une motricité fine de bonne qualité et avec une dextérité particulière (piano).
L’enfant peut présenter une allure bizarre au moment de la marche qui est tardive (il parle avant de marcher), et affiche des postures inhabituelles, des
mouvements de stéréotypies corporelles, un développement moteur retardé.
Intérêts
Au niveau des compétences et des intérêts, l’enfant possède une excellente mémoire auditive et peut développer des capacités extraordinaires comme
calculateur de calendrier. Il a également de bonnes capacités en dessin. Ses centres d’intérêt sont souvent restreints à un ou deux qu’il développe de
façon importante, c’est-à-dire que s’il est intéressé par les animaux, il va se focaliser sur une classe en particulier. Il possède des facilités pour le calcul
mais des difficultés pour des problèmes d’arithmétique simples.
Lire : "Comprendre son enfant 0-12 ans", Caroline Sahuc, Studyrama.
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