L’énurésie nocturne
L’énurésie est un trouble dont les origines physiques et psychologiques doivent être explorées. On dit d’un enfant qu’il est énurétique lorsqu’il urine dans son lit la nuit, ou dans ses vêtements le jour, alors qu’il a dépassé l’âge de la propreté.
Pour pouvoir parler d’énurésie, il faut que l’enfant ait d’abord été propre, au moins six mois complets dans sa vie, puis que des « accidents » répétés se soient produits, qu’il faudra chercher à expliquer. Il s’agit donc d’enfants généralement âgés d’au moins 4 ans, qui font « pipi au lit », et on parle alors d’énurésie
nocturne. Celle-ci est abordée au sein des troubles du sommeil car elle est associée à la situation du relâchement de contrôle qu’implique l’endormissement et a également des rapports avec la profondeur du sommeil.
Il existe ainsi des énurésies essentiellement physiologiques : l’enfant a un sommeil très profond, la sensation liée au besoin d’uriner ne le réveille pas. Il urine ainsi dans son lit sans s’en rendre compte. Dans ce cas, le sommeil de l’enfant est aisément repérable par sa profondeur. On peut soulever, déplacer l’enfant pendant son sommeil sans le réveiller, et même un grand bruit ne
le fait pas sursauter.
Ce type d’énurésie peut être traitée, en fonction de la situation et avec les conseils d’un médecin, à l’aide d’un médicament et en mettant éventuellement en place certaines stratégies. On demandera ainsi parfois aux parents de réveiller leur enfant en cours de nuit pour l’amener aux toilettes afin qu’il soulage ce besoin qu’il ne ressent pas. Ces aménagements contraignants doivent cependant
pouvoir être dépassés pour que l’enfant accède à sa propre
autonomie.
Il existe ensuite de nombreuses formes d’énurésies nocturnes pour lesquelles les causes physiologiques et psychologiques peuvent apparaître très liées, et qui peuvent s’associer avec des énurésies diurnes.
Par exemple un enfant propre depuis six mois ou un an a un
jour un « accident ». Il urine dans son lit, ce qui généralement entraîne des pleurs et est vécu très désagréablement. Suivant la situation qu’il vit à la maison, cet événement va prendre un sens particulier, et aura alors plus ou moins de chances de se répéter.
Si on imagine que c’est un aîné âgé de 4 ans, et qu’il vient de voir arriver un petit frère, son inquiétude face à la place qu’il occupe maintenant auprès de ses parents peut le conduire à adopter une attitude régressive et à uriner la nuit alors qu’il ne le faisait plus.
Beaucoup d’enfants présentent ainsi des comportements de
régression à la naissance d’un puîné, et en général ces troubles se résolvent d’eux-mêmes lorsque l’enfant est rassuré. L’arrivée d’un bébé mobilise beaucoup la mère, elle porte et câline un autre que lui, et son angoisse est souvent celle de n’être plus aimé, ou pas autant que ce petit dernier. L’énurésie nocturne est alors non seulement un comportement régressif, l’assimilant au « bébé » qu’il n’est plus, mais c’est aussi une façon efficace d’attirer
l’attention de maman.
Il faudra donc faire attention de ne pas tomber dans le piège des bénéfices apportés par ce trouble, l’enfant étant finalement satisfait de cette situation qui rapproche sa mère de lui, tout particulièrement la nuit, quand il est si difficile d’en être séparé. Il ne faut pas non plus se fâcher outre mesure, puisque la plupart de
ces motivations sont inconscientes. Rassurer l’enfant est la meilleure solution. Prendre des temps juste avec lui, dans la journée, ou avant le coucher, pour lui faire sentir qu’il n’est pas délaissé.
Dans certains cas, on trouve des énurésies dont l’origine est surtout liée à des facteurs psychologiques, et qui répondent directement à une situation familiale complexe. Les situations sont nombreuses et variables, mais on peut citer comme exemple celui d’un enfant qui manifeste une énurésie lorsqu’il n’est plus chez lui. Eloigné de son appartement, et surtout de la présence rassurante de ses parents, il développe ce trouble qu’il n’avait pas chez lui, par exemple lors d’un voyage de classe avec l’école. C’est un trouble qui angoisse beaucoup l’enfant, qui redoute alors de s’endormir et craint le regard des autres le matin.
Dans les deux derniers cas d’énurésies nocturnes, où des
facteurs psychologiques sont engagés, la consultation d’un
thérapeute peut s’avérer utile pour désamorcer une situation qui risquerait de s’installer.
CLOTILDE
Clotilde a 11 ans. Elle a un grand frère de 15 ans et une
petite soeur de 7 ans. Elle a acquis sans difficultés particulières la propreté vers 30 mois, et n’a présenté que très peu « d’accidents » durant les années qui ont suivi. Il y a quelques mois, alors qu’elle entrait pour la première fois au collège, sa petite soeur a été très malade, et a dû passer plusieurs semaines à l’hôpital. Les parents de Clotilde se sont relayés auprès de leur petite dernière pour ne pas la laisser trop seule dans cette épreuve, et sont toujours très impliqués dans sa convalescence maintenant qu’elle est rentrée à la maison.
Le grand frère de Clotilde est assez autonome, il s’est occupé des repas et des lessives et a surveillé Clotilde pendant les longues absences de leurs parents. Clotilde aime bien son frère, elle le trouve gentil, il ne se moque jamais d’elle et il l’aide quand elle a du mal à faire ses devoirs. Mais c’est un garçon, il est grand et il l’impressionne. Il l’a toujours impressionnée, depuis qu’elle toute petite, et elle n’ose pas se confier à lui.
Depuis plusieurs semaines, Clotilde fait régulièrement pipi
au lit. Cela la rend très triste, elle a honte et à présent elle est inquiète à chaque fois qu’elle va se coucher, de peur que cela lui arrive encore. Clotilde cache autant qu’elle le peut ces « accidents ». Elle retire son pyjama et va le rincer dans la salle de bains, avant de le mettre directement dans le tambour de la machine à laver. Elle refait parfois son lit pardessus
les draps humides en espérant que personne ne s’en aperçoive. Son frère et sa mère s’en sont pourtant rendus
compte et quand ils l’ont questionnée, Clotilde a fondu en
larmes et demandé qu’on la laisse tranquille.
Les parents ne savent pas comment aborder cette situation,
d’autant qu’ils sont déjà très accaparés par la convalescence de leur plus jeune enfant. |
La honte de Clotilde va constituer l’un des principaux obstacles à la résolution de ce trouble. Cette honte est malheureusement très fréquente dans les cas d’énurésie nocturne, surtout chez un enfant aussi âgé, qui cherche souvent à la cacher. Clotilde aborde un des moments clés de sa scolarité, l’entrée au collège. Partie de l’école primaire où elle était parmi les grands, elle se retrouve dans un nouveau cycle où elle est avec les petits.
La découverte d’un nouveau lieu, de nouvelles méthodes d’apprentissage, et notamment le fait de n’avoir plus sa maîtresse mais plusieurs professeurs différents, sont des facteurs fragilisants.
Au moment où elle aurait justement eu besoin d’évoquer ses
inquiétudes, d’être un peu accompagnée et écoutée, la maladie de sa soeur a beaucoup réduit l’attention que ses parents pouvaient lui accorder. Elle a probablement été très jalouse de sa petite soeur qui lui « volait » ceux-ci, tout en étant consciente que ce n’était pas de sa faute puisqu’elle était malade, ce qui a dû raviver sa culpabilité. L’admiration pour son frère, qui semblait lui ne pas souffrir trop de cette situation, lui a renvoyé encore davantage cet embarras. Elle voudrait de l’aide, elle voudrait confier ses angoisses, liées à l’école mais aussi certainement aux répercussions de la situation
familiale, mais en même temps elle a honte d’en parler, et
de se plaindre alors qu’elle voit bien qu’il se passe des choses bien plus graves. L’énurésie nocturne apparaît alors comme un symptôme de cette défaillance, de cet écartèlement entre besoins et interdictions. Puisque sa souffrance ne peut se dire, elle s’exprime par un
autre biais qui lui échappe complètement.
Ce n’est pas tant pour attirer l’attention que pour trahir son malaise que Clotilde fait pipi au lit. Si elle le pouvait, elle ferait cesser sur-le-champ ce comportement, tant il accroît sa honte, mais celui-ci obéit à des mécanismes inconscients. Dans la très grande majorité des cas, un enfant qui fait pipi au lit ne le fait
pas exprès. L’important pour faire disparaître ce trouble sera donc tout d’abord d’aider Clotilde à se défaire de sa honte, ce qui est délicat puisque plus on lui parle du problème, plus elle en a honte. Des moments de tranquillité, seule avec sa mère par exemple, peuvent être l’occasion d’en parler sereinement, ainsi que d’évoquer
tous les changements qui sont intervenus dans sa vie ces
derniers mois.
Une consultation psychologique, d’abord avec l’un des deux
parents, puis seule, pourra l’amener à se revaloriser, à reprendre confiance en elle, et surtout à évoquer ce qui l’effraie, comme très probablement la maladie de sa petite soeur. Lorsqu’une difficulté plus ou moins importante apparaît, la consultation d’un professionnel permet souvent de voir plus clair dans une situation qui inquiète. Il s’agit souvent d’obtenir des informations, des réassurances, et de réfléchir éventuellement
aux conditions de la vie familiale qui peuvent entraîner l’apparition d’un trouble, qu’il s’agisse du sommeil ou de la colère.
Extrait de l’ouvrage "Mon enfant ne dort pas" de Charlotte Mareau, collection Eclairages chez Studyrama.
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