L’homosexualité à l’adolescence
La notion d’homosexualité
L’homosexualité est un terme très usité de nos jours, qui renvoie généralement dans le langage commun à une relation sexuelle réelle avec un partenaire
du même sexe. Il traduit de plus l’expression d’un comportement sexuel qui ne s’inscrit pas dans la « norme », avec la difficulté que tout ce
qui ne rentre pas dans la « norme » dérange. Cependant, si on se replonge
dans l’Histoire, on peut voir que les relations homosexuelles étaient très valorisées dans la Grèce Antique, où elles étaient parties intégrantes de
l’éducation des jeunes enfants qui recevaient leur initiation à l’âge de 7 ans par un tuteur. De nos jours, la communauté homosexuelle occupe une place
de plus en plus importante dans les pays européens.
La notion d’homosexualité ne renvoie pas exclusivement à cette pratique sexuelle et recouvre d’autres phénomènes. En effet, quand on parle d’homosexualité,
cela peut renvoyer à des fantasmes homosexuels, des pensées
homosexuelles, des relations homosexuelles intermittentes ou exclusives, ou bien des jeux homosexuels.
Généralement, on distingue deux périodes d’homosexualité à l’adolescence ; une homosexualité de première partie d’adolescence qui correspond
à une phase normale de développement et une homosexualité de deuxième partie qui peut engager l’adolescent dans la voie de l’homosexualité adulte.
Tentative d’explication
Freud voit dans la relation hétérosexuelle l’expression d’une sexualité normale qui vise la reproduction de l’espèce humaine. Il parle de l’homosexualité
en termes d’inversion et distingue trois formes d’inversions : l’objet de désir sexuel ne peut être qu’homosexuel ( invertis absolus), ou bien
appartenir aux deux sexes ( invertis amphigènes), ou encore être choisi en raison de conditions externes (prison) qui rendent inaccessible l’objet de
sexe opposé ( invertis occasionnels).
Freud rejette les hypothèses de caractère inné ou acquis en ce qui concerne la genèse de l’homosexualité. L’existence d’invertis amphigènes ou occasionnels
tend à réfuter le caractère inné de l’homosexualité, c’est-à-dire que l’homosexualité n’a pas forcément toujours existé chez un sujet. D’autre
part, en ce qui concerne le caractère acquis, il s’avère qu’une expérience homosexuelle ne détermine pas une sexualité homosexuelle future.
Pour Freud, l’homosexualité ne relève pas d’une sexualité déviante mais, consiste en un inachèvement du parcours vers l’hétérosexualité, qui tient en
la rencontre de trois types d’obstacles.
Le développement psychosexuel s’interrompt : l’homosexuel renonce à la procréation. Il ne s’est pas affranchi du stade où la libido abandonne le
corps propre, perçu comme objet d’amour, pour se porter sur un autre corps qui lui ressemble. Une première fixation a lieu au stade anal au cours
duquel s’opèrent des déplacements sur un plan sexuel par une série d’identifications : le bâton fécal devient le pénis, la perte fécale symbolise la
castration, la matière fécale symbolise l’enfant et l’anus devient le vagin.
La deuxième fixation a lieu au stade phallique au cours duquel l’importance du pénis est présente pour les deux sexes. Elle se manifeste chez le petit
garçon par l’angoisse de castration donnant lieu à un fantasme de femme phallique, et chez la petite fille par un complexe de virilité qui donne lieu à
des revendications masculines.
Le complexe d’Œdipe, ainsi mal résolu, provoque une identification inverse importante. Le garçon va s’identifier à sa mère et avoir un désir d’enfant du
père. La fille valorise son clitoris qui représente pour elle un petit pénis, au détriment du vagin. Cela débouche sur l’identification au père et le désir
d’avoir un enfant de la mère.
T. Anatrella souligne l’influence de l’environnement, plus particulièrement familial. Il considère que c’est dans la mesure où le sujet est en interaction
avec d’autres qu’il peut éveiller sa pulsion sexuelle et développer les représentations à partir desquelles il va l’exprimer.
Les parents constituent les premiers partenaires de l’enfant au contact desquels la pulsion sexuelle est sollicitée, sur le mode de l’identification. Il
explique que l’enfant développe sa sexualité à partir de la sexualité inconsciente des parents. L’image que renvoie le père ou la mère est très importante ; si celle-ci est dépréciée, l’enfant ne va pas pouvoir s’y identifier. Le
sujet va accepter son identité (masculine ou féminine) dans la mesure où il intègre son corps sexué et reconnaît la différence des sexes à partir du lien
qu’il entretient avec ses deux parents.
Il arrive fréquemment que les homosexuels s’identifient à une image idéale du sexe opposé et qu’elles rejettent le parent du même sexe. De nombreux homosexuels souffriraient ainsi d’une carence dans la capacité de relation
inconsciente avec le parent du même sexe, ce qui conduirait à une ambivalence,
une mise à distance de ce parent et une recherche de partenaires de même sexe érotisé.
Tout individu connaît une part d’homosexualité dans son enfance ou son adolescence. En effet, par un besoin de trouver son identité sexuelle, l’individu
va s’identifier d’abord à son parent de même sexe puis va rechercher le contact avec ses pairs. Pour diverses raisons, il peut se fixer à ses premières
identifications et les érotiser s’il échoue à intérioriser le sens de la bisexualité psychique.
Vivre l’homosexualité à l’adolescence
Le réveil pulsionnel de l’adolescence peut amener le jeune à être attiré par des personnes de sexe opposé, mais aussi par des personnes du même sexe. Cette attirance qui survient subitement et qui frappe sans crier gare
peut le déstabiliser car il ne sait plus ce qu’il doit penser.
L’adolescent peut simplement se trouver dans une période de flottement, au cours de laquelle il éprouve un certain désir pour une personne de même sexe et pouvant même s’accompagner de fantasmes. Cependant, cette
phase n’est en rien annonciatrice d’une sexualité future de nature homosexuelle et se révèle tout à fait normale dans son développement psychosexuel.
Souvent, au sein d’échanges amicaux, le jeune vit une relation privilégiée et plus ou moins exclusive avec une personne en particulier. Cette relation
privilégiée peut être l’occasion de gestes affectueux, de disputes, de réconciliations, ce qui lui confère des allures de relations amoureuses. Parfois, il
peut y avoir de l’attirance qui s’ajoute à cela et qui peut conduire à des gestes plus sensuels. Cela correspond non pas à de l’homosexualité mais à
une recherche d’identité, et en particulier d’identité sexuée, dans le sens de se sentir bien dans son sexe. Dans ce sens, l’ami(e) du même sexe joue le
rôle de miroir, et permet de conforter l’adolescente dans son identité sexuée.
Nous avons vu précédemment que la sensualité et l’excitation sexuelle étaient très vives chez l’adolescent. Cependant, l’autre, porteur de l’autre
sexe, peut intimider, déranger, faire peur et provoquer des blocages. C’est pourquoi l’adolescent va alors se tourner vers le miroir rassurant que lui
offre son ami privilégié. Une fois, rassuré, l’adolescent pourra être en mesure de s’ouvrir à l’autre, de sexe différent.
L’adolescent qui vit une période d’importantes transformations, qui est friand de nouveauté et de nouvelles sensations, peut également vouloir
explorer la relation homosexuelle. Cela peut également lui permettre de s’assurer qu’il n’est pas homosexuel ou au contraire lui confirmer cette voie.
Dans le cas d’une homosexualité avérée, l’adolescent peut être réticent à exprimer ouvertement ses choix et se réaliser selon ses désirs, notamment en
raison de l’incompréhension et la violence liée à l’homosexualité, même si
de nos jours la tendance est davantage à la tolérance et l’acceptation.
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