Le déroulement du bilan
Il existe deux grandes catégories de tests dans le bilan
psychologique de l’enfant :
• les épreuves cognitivo-intellectuelles qui s’intéressent à l’exploration
de l’intelligence et de son fonctionnement ;
• les tests de personnalité qui visent à apprécier le fonctionnement
psychoaffectif et psychodynamique du sujet.
Voyons maintenant comment se déroule habituellement un bilan,
quelle en est la dynamique, ce qui peut se jouer dans la relation avec le psychologue et quels éléments recueillis dans les entretiens
qui entourent le bilan ou dans l’observation du comportement de l’enfant permettront d’interpréter les résultats dans une perspective
psychodynamique.
L’entretien préliminaire
Cet entretien sera plus ou moins approfondi suivant que le psychologue reçoit directement l’enfant et ses parents sans qu’il y ait eu au
préalable une consultation auprès d’un médecin, ou que le consultant a déjà fait avec eux le travail préliminaire d’élucidation de la
demande et de recueil de l’anamnèse de l’enfant, et que la
demande de bilan s’inscrive dans le cours de la consultation.
Nous allons nous situer dans le cas de figure où les parents s’adressent
directement au psychologue pour lui demander de faire passer
un bilan à leur enfant.
Après avoir abordé avec les parents ce qui motive la consultation et la demande de bilan, le psychologue reprend avec eux l’histoire de
l’enfant, en recherchant tout ce qui a pu peser sur son développement et dont la connaissance peut contribuer à l’explication de son état présent. En procédant à cette anamnèse, le psychologue situe l’enfant dans son histoire et signifie à ses parents que le bilan
demandé ne se réduira pas à apporter une réponse technique à une
question qui est souvent amenée sous la forme réductrice de l’évaluation
d’un QI.
Ce premier temps d’entretien est essentiel car les parents arrivent
souvent avec des questions techniques auxquelles ils attendent des
réponses simples, comme un QI permettant de comprendre un échec
scolaire. Or la réalité est infiniment plus complexe. Reprendre
l’histoire de l’enfant permet de rendre sensible aux parents le fait
que les difficultés pour lesquelles ils consultent s’inscrivent dans une
dynamique d’ensemble dans laquelle ils sont plus ou moins
impliqués.
Tout en respectant le discours des parents, il importe pour le psychologue
de ne pas répondre exclusivement là où se situe leur attente
et d’ouvrir le questionnement.
La relation avec l’enfant en situation d’examen
Il n’est pas possible d’interpréter les attitudes, conduites et résultats
d’un enfant que l’on rencontre en situation d’examen sans se
demander ce que signifie pour lui cette situation et comment la
consultation et le bilan lui ont été présentés.
Il n’est pas rare que certains parents amènent en consultation un
enfant à qui ils n’ont donné aucune explication, si bien qu’il aborde
le bilan avec une appréhension d’autant plus grande qu’il se sent source de l’inquiétude ou de l’irritation de ses parents face à ses
difficultés.
Si, interrogé, l’enfant dit qu’il ne sait pas pourquoi il vient, cette
réponse a valeur de défense vis-à-vis de réalités déplaisantes (le
comportement dont on se plaint, les résultats scolaires insatisfaisants...)
que l’intervention du psychologue risque de mettre en
lumière.
Il arrive que le malaise face à la démarche de ses parents se traduise par une opposition à l’examen, pouvant se manifester soit de manière ouverte (mutisme, colère, pleurs), soit de manière plus
indirecte (mauvaise humeur, manque de coopération, instabilité...).
La rencontre avec l’enfant ou l’adolescent est médiatisée par les
différents tests que le psychologue lui fait passer. L’entretien fait
partie intégrante du bilan ; il s’inscrit naturellement à différents
moments de la passation et plus particulièrement à la fin de celle-ci
quand la relation est bien établie. Le psychologue part des motifs de
la consultation pour essayer d’avancer avec le sujet dans une meilleure
compréhension de ce qui ne va pas bien chez lui et qui le fait souffrir.
L’attitude du sujet face aux tests d’efficience
Le test se propose d’évaluer ce que le sujet peut et ne peut pas faire,
en termes de réussite ou d’échec, et également (du fait de l’étalonnage)
en comparaison avec ce que font ceux qui ont son âge.
Du fait que notre culture met l’accent sur la valorisation de la réussite
et la dévalorisation de l’échec, le psychologue est conduit à
analyser les conflits et les résistances que la problématique
échec/réussite suscite chez l’enfant ou l’adolescent. Celui-ci peut être pris dans un jeu de tendances contradictoires pouvant le porter,
à l’encontre de son désir affirmé de réussite, à craindre celle-ci et à
se mettre en situation d’échec. Une trop bonne réussite peut lui
apparaître comme menaçante si elle contribue à faire la preuve, par
exemple, que son échec scolaire n’est pas dû à un manque de
moyens (car on pourrait alors l’accuser de mauvaise volonté).
Le recul devant la réussite peut aussi être lié à la peur de grandir et
de devoir assumer son autonomie ; le développement s’en trouve
freiné, surtout en ce qui concerne les fonctions intellectuelles.
La mise en lumière de ces mécanismes permet une interprétation
plus nuancée des résultats obtenus par l’enfant et qui, s’ils correspondent
à son niveau actuel d’efficience, ne sont pas révélateurs de
son potentiel et de ses capacités. Il est donc nécessaire, pour interpréter
les résultats obtenus dans un test d’efficience, de tenir compte
des attitudes et conduites du sujet aussi bien face au test que face
au psychologue qui l’examine et sur lequel il peut projeter les difficultés
relationnelles qu’il rencontre avec les adultes (parents, enseignants...)
de son entourage.
Extrait tiré de l’ouvrage de Thérèse Durandeau : Le QI chez l’enfant et l’adolescent, aux éditions Studyparents.
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