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Le tourisme : un secteur en constante évolution

Le tourisme est un secteur économique qui évolue à grande vitesse depuis quelques années. Nouvelles technologies, nouveaux produits...
Panorama d’une activité dont les domaines plein de contrastes, presque toujours passionnants, promettent de nombreuses perspectives aux futurs diplômés.
Par Sixtine de Villeblanche et Prune Blosseville.



Le tourisme se porte bien dans et... hors de l’Hexagone : avec 808 millions de voyageurs à travers le monde en 2005 (+ 10 % par rapport à l’année précédente), les vacances à l’étranger sont en plein essor. Une tendance qui n’est pas prête de faiblir. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), la croissance devrait se poursuivre de 5 à 6 % en 2005. Et même être multipliée par 2,5 à l’horizon 2020 !
Si les Français ont réalisé 112 millions de séjours, dont près de 12 % à l’étranger, en particulier en Espagne et en Italie (destinations préférées de nos concitoyens), la fréquentation touristique étrangère dans notre pays est restée stable en 2005 (par rapport à 2004), aux alentours de 75 millions d’arrivées, selon les estimations du ministère délégué au Tourisme. Les activités du secteur ont employé près d’un million de personnes, l’année dernière. Ainsi, la France est la première destination mondiale pour les vacanciers (non-résidents). Un chiffre qui, selon les perspectives à long terme de l’OMT, ne devrait pas changer, même si le secteur est soumis à de forts aléas.
Au-delà des chiffres, on constate de nouvelles habitudes de consommation. Alors que les vacances se passaient surtout à la plage depuis 1936, date de la création des congés payés, les touristes cherchent désormais des formules plus originales. En témoignent des séjours de plus en plus courts - clefs en main et réservés à la dernière minute sur Internet - mais de plus en plus fréquents. La réduction du temps de travail aidant, les salariés profitent de leurs vacances étalées tout au long de l’année, dès que l’occasion se présente. Ainsi, le tourisme de proximité connaît un grand succès, notamment chez les Européens, qui privilégient des déplacements sur le continent. Bien dans l’air du temps, le tourisme vert connaît aussi un grand succès. Il est désormais de bon ton de partir à la campagne pour les vacances. On parle actuellement d’« écotourisme ». Il s’agit d’un art de voyager qui privilégie la rencontre de l’autre, la compréhension et le respect de son mode de vie, avec le souci de perturber le moins possible l’écosystème social et économique local.

Un secteur qui dépend de la conjoncture mondiale

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, la fréquentation touristique a connu un grave ralentissement d’activité, avec une baisse significative du nombre d’embauches. Les acteurs du tourisme se gardent donc de tout triomphalisme et restent sur leurs gardes. Mais en 2006, la tendance est à l’embellie. On comptait environ 1,55 milliards de déplacements dans le monde en 2002 et les spécialistes estiment qu’ils seront probablement deux fois plus nombreux en 2010. Pourtant, si 2004 fut une excellente année (après une crise sans précédent en 2003), de nombreux événements ont affecté par la suite la confiance des touristes : tsunami, attentats à Londres, en Turquie et en Égypte, puis accidents d’avions, ouragans Katrina et Rita... Longue est la liste de ces événements dramatiques. Donc gare aux prévisions trop optimistes ! En outre, le secteur dépend étroitement de la santé économique mondiale. L’année 2005 a été marquée par la hausse du coût de l’énergie, qui ne semble, heureusement, pas avoir encore eu d’impact.



Si toutes les régions bénéficient d’un afflux de visiteurs étrangers, la croissance la plus forte est attendue en Asie et dans le Pacifique (+ 10 %, selon l’OMT), devant l’Afrique (+ 7 %) et les Amériques (+ 6 %). L’Europe devrait connaître une croissance moyenne d’environ 5 %. Le tourisme est donc une activité appelée à se développer, mais en passant par quelques phases plus ou moins difficiles.

Les acteurs économiques

Le tourisme vit et se développe grâce à une multitude d’entreprises et de structures, connues ou non du grand public. Les principaux acteurs du monde du tourisme sont les voyagistes, également appelés tour opérateurs, ou plus simplement TO. Ces entreprises imaginent et élaborent les voyages.
Elles proposent diverses formules, plus ou moins élaborées, du simple vol au circuit en groupe accompagné, en passant par l’autotour (voyage sur mesure) individuel. Il est possible de choisir son voyage « à la carte », en assemblant, selon son désir, le transport, les hébergements, les visites et animations... Le tout constitue un forfait.
En France, ils seraient entre 400 à 500 TO, dont une centaine est spécialisée dans le réceptif (l’accueil des touristes étrangers). On peut aussi les classer ainsi :
• généralistes, comme le Club Med, Nouvelles Frontières, Fram, Jet Tours ;
• spécialistes par destination comme Pacha Tours ou Asia, dont le nom indique généralement la vocation ;
• spécialistes par produits (culturels, courts séjours, séjours sportifs, d’aventure...) comme Clio, Terre d’aventures, etc.
À côté des géants du secteur, il existe une multitude de petites structures spécialisées. Elles doivent faire face à une concurrence très rude, avec des petits moyens. Leur principal outil sont les indispensables brochures. Si vous travaillez dans une agence de voyages, les brochures des TO seront, avec l’écran d’ordinateur et le téléphone, votre outil de travail quotidien. Elles ne sont bien entendu pas réservées aux seuls professionnels. La clientèle en est friande. Plus précisément, d’après une étude menée par Jet Tours, la brochure remplit quatre fonctions : faire rêver, être attractive pour donner envie de partir, sécuriser (la garantie de la marque du TO) et aider à choisir.
Le secteur de la distribution du voyage est celui dans lequel vous avez le plus de chance de travailler. Il s’agit de la porte d’entrée habituelle pour les nouveaux diplômés, surtout si vous sortez de vos études muni d’un BTS Ventes et productions touristiques. Ce secteur a connu de profonds bouleversements ces dernières années, car à côté des traditionnelles agences, d’autres modes de distribution des produits touristiques (internet, call centers, ...) ont fait leur apparition et modifié les habitudes de travail. Les premières entreprises de la distribution sont évidemment les agences de voyages. Elles proposent l’ensemble des prestations liées au tourisme.
La billetterie représente l’essentiel de leur activité (selon les chiffres du Centre d’observation économique), devant la vente de voyages organisés. Les agences proposent d’autres services, comme la location de voiture, la réservation d’hôtel ou la vente d’assurances. Quelques agences développent également un service réceptif (chargé d’accueillir les touristes étrangers), certaines ne se consacrent d’ailleurs qu’à cette activité. Elles peuvent également produire leurs propres voyages, comme le ferait un voyagiste.
On recense trois types d’agences. Certaines (de moins en moins nombreuses) sont totalement indépendantes. Les autres font partie d’un réseau, qui peut être « intégré » s’il appartient à un propriétaire unique ou « volontaire » lorsque les agences y sont adhérentes, conservant ainsi une certaine autonomie. En France, il y avait 4 105 agences de voyages, générant un chiffre d’affaire de 11 milliards d’euros en 2003, selon les chiffres de l’Insee.

Agences traditionnelles : la menace d’internet

Aujourd’hui, internet est un moyen d’achat de produits de plus en plus plébiscité par les Français. Selon le Bilan de l’année touristique 2005 du ministère délégué au Tourisme, « plus de 55 % des Français (de plus 11 ans) sont maintenant des utilisateurs réguliers d’Internet. Parmi eux, 75 % disposent d’une ligne à haut débit. » Or le tourisme est le « chouchou » d’internet. Il « représente 55 % des achats en ligne, tous secteurs confondus. Les ventes de tourisme en ligne ont connu une croissance de plus de 50 % en 2005. »
Après un temps d’observation, tout le monde s’est jeté sur ce marché qui s’annonce juteux. Si les grands groupes sont les premiers bénéficiaires de la vente virtuelle, les petits en profitent également : une auberge perdue dans la campagne ou un petit TO spécialiste d’une destination rare peuvent acquérir une plus grande notoriété.
Quelles sont les raisons de cet engouement ? D’une part, les consommateurs peuvent décider de partir à la dernière minute vers une destination inconnue ou exotique. D’autre part, c’est surtout le prix qui est très attractif. Ainsi, en 2005 « plus de 50 % des internautes ont réalisé des achats de voyages en ligne, particulièrement ceux de 50 ans et plus, premiers acheteurs en ligne depuis 2005 ». C’est donc la facilité d’utilisation d’internet qui séduit. La force des agences on-line réside aussi dans leur proposition de forfaits « dynamiques », qui permettent à l’internaute de se préparer un voyage à la carte en quelques clics. Ce type de forfait est l’un des enjeux pour tous les professionnels du tourisme qui parient sur son développement. Ce qu’on appelle l’« e-tourisme » est devenu un mode dote achat du voyage à part entière. Conséquence : de nombreux professionnels craignent pour l’emploi dans ce secteur à cause de l’utilisation généralisée des nouvelles technologies. Internet serait un grand prédateur dont il faut se méfier.
Une analyse qui ne fait pas l’unanimité. Car force est de constater que l’e-tourisme crée aussi des emplois. Carlos Gomes, directeur des ressources humaines chez Karavel, une agence de conseils de voyages en ligne, avoue que dans son entreprise, « en forte croissance », les recrutements sont nombreux, notamment pour des postes d’« agents de vente/conseillers de voyage. Leurs principales qualités doivent être la réactivité, la capacité à argumenter et l’attrait pour les destinations à vendre. Des qualités finalement pas si différentes de celles requises dans les agences de voyages traditionnelles », indique-t-il.
Mais les agences traditionnelles, qui occupent encore une place majeure dans le paysage touristique, n’en ressentent pas moins une rude concurrence « électronique ». Et doivent s’adapter au nouveau contexte. La compagnie Air France aurait connu « une progression de 15 % pour la vente de ses billets en ligne ». Pour faire face à la croissance d’internet, les agences lancent leur propre site et innovent en organisant des voyages à forfaits.
Cette vision optimiste de l’e-tourisme est cependant contrebalancée par Marie-Hélène Rosset, animatrice de l’équipe Tourisme à l’agence ANPE Vaugirard (Paris) : « L’e-tourisme ne supprimera jamais les agences. J’ai même vu une agence en ligne ouvrir une boutique dans un centre commercial. Les clients ont besoin du contact humain des structures traditionnelles. L’e-tourisme a mangé une partie de la clientèle mais très ciblée, les jeunes, qui partent à l’aventure pour pas cher , par exemple. De plus, son problème est de ne pas être à 100 % satisfaisant, à la dernière minute, le voyage peut-être annulé parce qu’il n’y a plus de place, par exemple. »

Emploi : un marché en phase de stabilisation

Avant tout, il faut rappeler que tourisme rime avec saisonnalité : l’activité est mal répartie sur l’année. Les contrats de travail saisonniers sont donc indispensables à l’activité touristique qui n’existerait pas sans eux. Les nouvelles tendances (voyages hors-saison du troisième âge, escapades de couples, recherche de prix bas) n’y changent pas grand chose, les Français restent fortement attachés aux mois de juillet et d’août pour prendre leurs vacances. Cette saisonnalité est parfois mal vécue par les employés qui ne trouvent du travail qu’une partie de l’année, et par les entreprises qui doivent rentabiliser leurs investissements sur des périodes très courtes. »

Distributeurs : l’essentiel des emplois

Des postes nombreux et diversifiés : « Dans le tourisme, les débouchés concernent surtout les postes classiques au comptoir, ce qu’on appelle l’agent de voyage. Il y a beaucoup moins de postes en production. Ainsi, les trois quarts des postes concernent la vente, la billetterie ou les réservations. Un nouveau créneau tend à apparaître : il s’agit des commerciaux. On commence à en embaucher un peu, alors qu’avant ce n’était pas du tout le cas. »

Les voyages ? Non. Un travail sédentaire : oui !

Peut-être, malgré les diverses documentations que vous avez lues et qui ont déjà dû vous prévenir, vous pensez encore que le fait de travailler dans le tourisme vous permettra de voyager ? Oui, mais seulement sur papier glacé ! Concrètement, 80 % des métiers du tourisme sont sédentaires. Même si, parce que la définition d’un travail sédentaire n’est pas clairement arrêtée, les choses sont un peu plus complexes qu’elles n’y paraissent, la seule conclusion à retenir est que, pour la grande majorité d’entre vous qui travaillerez dans le tourisme, vous serez soit assis derrière un comptoir, soit derrière un bureau. Pour en savoir plus :

Les métiers du tourisme - 7e édition, collection Guides J, aux éditions Studyrama, 12,95 Euros.

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