Les autres et Moi
Et puis face à soi, il y a les autres... Un autre regard, un reflet du miroir qui nous renseignent sur nous-même. Rien de moins objectif et pourtant l’adolescent ne cesse de s’en servir pour avoir une représentation de lui-même. Nous continuerons toute la vie à avoir besoin du regard de l’autre pour nous situer, mais dans une moindre mesure.
A l’adolescence, c’est une véritable quête qui peut faire du bien comme du mal. Il y a le regard de la famille, souvent inquiet ou déboussolé par le changement de l’adolescent. Et il y a les autres à l’extérieur. Ceux qui ne l’ont pas forcément connu enfant et qui le voient ici et maintenant, en tant qu’adulte en devenir. Ce regard peut être positif car il ne l’infantilise pas. Mais il peut
aussi être dur et cruel. Les moqueries entre jeunes vont bon train, les exclusions des groupes sont communes. Il s’agit de se faire une place auprès de quelqu’un, mais cela n’est pas toujours facile pour tous. Le repli peut alors être une solution transitoire mais il n’est pas épanouissant.
Le repli, l’isolement
Pour un certain nombre de jeunes, l’intégration dans un groupe d’amis ou même l’alliance avec un très bon ami sont des pas difficiles à faire. Ils ont peut-être essayé une fois, se sont sentis rejetés ou mal jugés et ne se sentent pas la force de réessayer. Ils choisissent donc de s’isoler. Toutefois, n’oublions pas que de l’autre côté, au sein de la famille, ils sont également amenés à s’autonomiser. De ce fait, l’appui sur le groupe de pairs vient généralement compenser ce vide.
Or le jeune qui ne peut trouver ce soutien à l’extérieur de la famille se retrouve dans une grande solitude. Aussi se séparera-t-il moins rapidement de sa famille et restera-t-il sur une position légèrement régressive. Ou bien, si les rapports familiaux ne permettent pas cet appui, il se repliera sur lui-même ; la plupart du temps, cette solitude n’est ni choisie ni épanouissante. Elle doit nous alerter. Un jeune qui va bien a plutôt envie de sortir
avec ses amis. Le contraire montre que le groupe d’amis n’a pas pris le relais de la famille. On peut en discuter avec notre adolescent.
Toutefois il arrive que ce repli soit transitoire et de courte durée, conséquence d’un contexte normal d’intégration dans une nouvelle école ou une nouvelle classe.
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Déménagement, changement d’école
Lors d’un déménagement ou d’un changement de lycée pour
une autre raison, il ne faut pas sous-estimer le travail
d’adaptation et d’intégration que l’on demande à l’adolescent. N’oublions pas que tout bouge à l’intérieur de lui et qu’à cette époque il a plutôt besoin d’un cadre stable. Dans la plupart des cas, il n’y aura pas de problèmes, et après une période plus ou moins difficile l’adolescent prendra de nouveaux repères et se fera de nouveaux amis. Toutefois, si la période difficile perdure, ce que nous remarquerons en étant attentifs à l’humeur de notre adolescent, nous pourrons l’aider ; par exemple, en lui proposant de développer une activité extrascolaire où il rencontrera des jeunes, en invitant des amis qui ont des enfants du même âge, ou en proposant d’inviter un élève dont il parle positivement...
Il faut savoir que les nouveaux sont rarement bien accueillis par leurs pairs et sont des boucs émissaires parfaits. Le jeune doit donc déployer de grands talents d’intégration. Mais, attention, il ne doit pas être prêt à tout (faire les devoirs des autres, leur donner ses affaires...). Discutez-en avec lui. |
La dispute avec « le » grand ami
Il y a l’ami très proche qui devient comme un frère. Une grande dépendance s’installe et le drame arrive lorsqu’il y a une dispute. Le monde s’écroule : s’envolent confiance, fidélité, fusion... Le système du tout ou rien qui arrange l’adolescent par moments le fait également souffrir lorsqu’il n’y a plus rien. L’adolescent est un
dramaturge. Plus il a déplacé la dépendance à ses parents vers une seule personne (l’ami), plus il est en danger de la perdre. Le groupe d’amis qui rejette ou se moque
Il y a aussi le désir d’appartenir à un groupe d’amis, cette enveloppe de pairs rassurante qui donne l’illusion de ne jamais être seul mais tous ensemble dans le même bâteau. L’adolescent en a beaucoup besoin. En général, dans ce groupe, chacun occupe une place que l’on aime stigmatiser. Celui qui est le bouc émissaire
est le moins chanceux. Le groupe peut concentrer toute sa
hargne contre lui. Lui-même, plutôt que de rester tout seul, accepte cette façon d’exister et d’appartenir à un groupe.
Cependant son estime de soi en souffre. Il est en train de se construire une image de lui-même biaisée. C’est pourquoi, lorsque les parents remarquent cela, ils peuvent en faire prendre conscience à l’adolescent et lui préconiser de trouver un autre mode de relation aux autres.
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Le bullying ou « comportement de violence psychologique ou
physique »
De quoi s’agit-il ? Le bullying est un concept nord-américain qui qualifie un ensemble de comportements violents qui vont de l’intimidation au harcèlement, en passant par l’exclusion du groupe, la fausse rumeur, les menaces physiques, etc.
Ce concept a donné lieu à de nombreuses recherches et tout
collège américain a aujourd’hui une politique d’intervention pour régler ces problèmes entre adolescents.
Il s’agit au fond d’une tentative de prise de pouvoir d’un
jeune sur l’autre afin de tester sa propre valeur en dépassant les limites de la loi et du respect de l’autre.
L’adulte doit donc intervenir pour reposer clairement la loi et éviter que le jeune agressé connaisse des conséquences psychologiques négatives (culpabilité, baisse des résultats scolaires, peur ou refus d’aller au lycée, baisse de l’estime de soi...).
Ces comportements ne doivent pas être banalisés et l’adulte
a le devoir d’intervenir. |
L’amour, ça peut faire mal
Comme nous l’avons évoqué précédemment, l’adolescent expérimente ses premières relations amoureuses. Fidèle à sa façon de fonctionner du moment, en tout ou rien, de façon extrême, ses relations amoureuses seront teintées de drame. Pourquoi ? Parce que les attentes qu’il place en l’autre sont grandes et ont un enjeu narcissique. Si l’on m’aime, je vaux quelque chose. Sinon je ne vaux rien.
Ces premières relations sont donc essentielles. Le respect, la confiance sont à l’essai. L’estime de soi est en plein suspens, prête à grandir ou à s’effondrer.
Or, plus son narcissisme est fragile, plus l’adolescent va se rendre dépendant de cette relation. Il souffrira donc d’autant plus si cela finit mal.
Le rôle des parents dans les relations amoureuses de leurs
adolescents est d’observer de loin à la fois l’humeur de leur enfant et le ton de la relation amoureuse. Le respect doit toujours y être au premier plan. Si nous sentons que notre adolescent souffre , nous pouvons tout à fait en parler avec lui. Attention : les adolescents pensent très vite qu’ils méritent ce qu’ils vivent. Sans les surprotéger, ne les laissons pas détruire leur confiance
en eux.
Extrait de l’ouvrage "La crise d’ado", par Edeline Vanek Dreyfus, Collection Eclairages chez Studyrama.
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