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Les conduites névrotiques


Les conduites dites névrotiques rassemblent les conduites phobiques, l’intellectualisation et les inhibitions.

Les conduites phobiques

Les conduites phobiques se retrouvent dans les cas de dysmorphophobies et au niveau des phobies scolaires.
Seules les dysmorphophobies seront analysées ici.
Les dysmorphophobies (de dys : gène, morpho : forme, phobie : peur) constituent la peur d’être l’objet d’une transformation corporelle. Elles concernent des préoccupations anormales au niveau du corps et l’image du corps (silhouette, poids, taille, main, pilosité...).
Les sujets atteints de dysmorphophobie ont la certitude d’avoir une anomalie physique qui les rend disgracieux ou focalisent sur un détail anatomique, ce qui les conduit à adopter des attitudes d’évitements sociaux. Dans un champ similaire, cela rejoint les inquiétudes qu’un sujet peut avoir au sujet d’une partie de son corps ou de sa morphologie.
Ces conduites sont relativement fréquentes et liées aux remaniements physiques pubertaires. Elles apparaissent vers 12 ans et s’estompent après 18 ou 20 ans.
La dysmorphophobie est plus une idée obsédante qu’une phobie à proprement parler. La peur sous-jacente est celle d’être rejeté socialement.
La partie du corps sur lequel l’adolescent se concentre est généralement normale au niveau morphologique. Il peut exister une légère anomalie qui n’est cependant pas proportionnelle à l’intensité de l’inquiétude générée. Ces dysmorphophobies constituent des préoccupations excessives qui peuvent porter sur la silhouette (obésité, maigreur, taille, proéminence des fesses, ventres, cuisses), sur une partie du corps (pieds, nez, oreilles, lèvres), sur les caractères sexuels (pilosité, seins, organes génitaux, mue de la voix).

L’ÉREUTOPHOBIE


L’éreutophobie correspond littéralement à la peur de rougir, mais englobe aussi la peur du regard de l’autre sur le rougissement (crainte d’être rejeté, raillé, jugé négativement, ou démasqué), et à divers degrés. Le rougissement revêt pour le sujet un caractère relativement honteux. Le problème relève en partie du désir de contrôlabilité du rougissement qui est par nature incontrôlable et imprévisible, et que toute tentative de contrôle accentue. De plus, le rougissement est toujours surinvesti par le sujet qui a l’impression que tout le monde ne remarque que cela. Le sujet va déployer de nombreuses techniques pour tenter de le dissimuler (lumière tamisée, maquillage, col roulé), mais cela peut prendre de grandes proportions et tourner jusqu’à l’obsession.

L’intellectualisation

L’intellectualisation est un processus défensif qui vise à déplacer les pulsions vers les idées et le théorique, et crée de ce fait un intérêt majeur pour l’abstrait et l’intellectuel. Le déplacement a pour but de réduire l’angoisse ou la menace pour l’économie du sujet. Cela permet à l’adolescent d’essayer de maîtriser ses pulsions en surinvestissant l’aspect intellectuel.

L’inhibition

L’inhibition peut se rencontrer sur trois plans : intellectuel, fantasmatique et relationnel.

-  L’inhibition intellectuelle
L’inhibition intellectuelle correspond aux difficultés rencontrées par l’adolescent devant le travail scolaire ou universitaire. Elle peut entraîner un échec qui se manifeste par l’impossibilité pour le jeune de poursuivre le cursus ou la voie qu’il s’était fixé.
L’inhibition intellectuelle est différente du désinvestissement scolaire en raison du désir de réussir qui est toujours présent mais qui ne rencontre pas forcément le succès escompté.

-  L’inhibition à fantasmer
L’inhibition à fantasmer traduit la difficulté pour l’adolescent de développer au sein de son fonctionnement psychique un espace de rêverie, de fantasmes ou de fantaisie. Il se défend contre la poussée pulsionnelle et la refoule.
Il adopte alors des comportements conformistes sans conduite conflictuelle et sans aucune attitude d’opposition.

-  L’inhibition relationnelle ou timidité
La timidité peut se définir par le malaise éprouvé par le sujet et par l’inconfort qui en est perçu. La timidité peut être ponctuelle ou quotidienne, et s’observer à travers un ou plusieurs comportements. C’est un phénomène que le sujet ne peut contrôler que partiellement, qui le pousse à adopter des conduites d’évitement ou à se replier sur lui-même.
Ces comportements et ces désagréments conduisent le sujet à se dévaloriser et se déprécier. La timidité peut dans une forme extrême devenir très invalidante, jusqu’à inhibition et l’isolement majeur.
Un sujet timide va être angoissé lors de situations dans lesquelles il y a une importante part d’inconnu et de nouveauté. Il craint précisément le regard de l’autre, le jugement et la confrontation. Cela peut par exemple se manifester lors de la rencontre de nouvelles personnes, dans certaines situations où le sujet doit effectuer une prestation ou se trouve confronté au regard d’autrui comme pour un entretien professionnel, dans une discussion avec un supérieur hiérarchique ou dans le cadre d’un examen oral.
La timidité engendre trois types de réponses chez un sujet : physiologiques (rougissements, palpitations cardiaques, mains moites, tremblements, pseudo-vertiges, bouche sèche ou pâteuse), comportementales (inhibition, évitements, maladresses), et psychologiques (doutes sur soi, peur du regard ou du jugement d’autrui, construction de scénarios catastrophes, idées embrouillées ou confuses).
Au niveau comportemental, on distingue trois conduites d’évitement : l’évitement complet, l’évitement partiel ou l’échappement.
Dans le comportement d’évitement complet ou renoncement, le sujet abandonne d’emblée l’action par simple évocation de la situation. Cela s’inscrit dans une démarche relativement organisée. L’évitement est étayé de nombreuses justifications et prétextes. Il peut être systématique, fluctuant dans certaines situations ou plus aléatoire (« bon ou mauvais jours »).
Dans le cas d’évitements partiels, la confrontation est possible mais sous certaines conditions. Le sujet adopte des comportements relationnels particuliers qui lui permettent de se protéger. Le sujet se montre par exemple distant ou inhibé pour ne pas attirer l’attention sur lui. Il peut ajouter des accessoires (chapeau, lunettes) ou des artifices (maquillages) pour renforcer ce désir de se fondre dans le décor, et peut en dernier lieu apaiser son anxiété à l’aide de tranquillisants ou de boissons alcoolisées.
Cependant, malgré cela, le sujet n’est pas vraiment dédié à son activité mais focalisé sur le regard et le jugement d’autrui.
L’échappement ou fuite se traduit par des tentatives d’approches suivies de dérobades comme de raccrocher le téléphone avant que la personne appelée décroche.
Au niveau psychologique, c’est le processus mental qui est problématique ou dysfonctionnel, et ce à divers degrés. En effet, le sujet anxieux perçoit et interprète de manière biaisée son environnement. On parle souvent d’ anxiété d’évaluation car le traitement de l’information est hautement subjectif dans le cadre de l’anxiété sociale. Il se dégage une séquence particulière par rapport à la situation stressante : anticipation, interprétation, rumination et prédiction.
L’évocation de la situation crée une anxiété par anticipation chez le sujet, c’est-à-dire que ce dernier imagine déjà le pire par la simple pensée de la situation. Ensuite, pendant la situation, le sujet va mettre en place toute une série d’interprétations qui constituent des erreurs d’évaluation et des distorsions de la situation. Par exemple, le sujet va transformer des doutes en certitudes sans preuve, se sentir responsable ou incompétent, se focaliser sur un détail, généraliser son comportement et lui donner une issue défavorable.
S’il passe un entretien, si l’interlocuteur ne dit rien de particulier, le sujet peut en déduire qu’il est jugé négativement, qu’il est ennuyeux, que d’autres candidats se sont montrés plus convaincants, que son interlocuteur voit qu’il a les mains moites, et que l’entretien va s’arrêter avant la fin tellement il est nul. Le sujet va ensuite ruminer douloureusement la situation et se dérouler chaque détail de la situation ; les points positifs seront constamment dévalorisés et les points négatifs amplifiés. A l’issue de cela, si la situation revêt effectivement un caractère plutôt négatif, cela entraîne un renforcement du sujet dans ses convictions négatives, puisqu’il avait prédit un tel échec.

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