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« Les métiers du paysage sont encore appelés à se développer pendant plusieurs décennies ! »

« Les métiers du paysage sont encore appelés à se développer pendant plusieurs décennies ! »

Interview d’Emmanuel Mony - élu de l’UNEP*, membre du bureau responsable de la mission sociale - directeur d’une entreprise d’espaces verts**, dans la région lyonnaise, de près de 300 salariés.



1. Qu’entend-on par « métiers du paysage » ? Pouvez-vous nous définir ce secteur en quelques mots ?

Les métiers du paysage, ou plus exactement la filière paysage, rassemblent trois métiers dont deux très proches. Les concepteurs en premier lieu : c’est-à-dire les architectes, ceux qui imaginent, définissent les lignes à suivre, donnent les ordres. Ensuite, viennent les entrepreneurs, ceux qui réalisent les créations. Et, enfin, on peut citer les pépiniéristes, qui produisent les plantes nécessaires aux réalisations des premiers et des seconds.
La filière paysage est une filière relativement jeune : elle a tout au plus 50 à 60 ans. Avant cela, les particuliers avaient leurs propres jardiniers.
Les métiers du paysage se sont d’ailleurs bien développés. On compte 13 000 entreprises privées et, si on dresse un bilan des différents rapports de branche, le CA est passé de 3 à près de 4 millions en 3 ans (de 2001 à 2004) ; c’est-à-dire une expansion d’environ 18 % ! (Ce chiffre ne comprend pas les collectivités territoriales qui ont elles-mêmes des salariés qui peuvent être affiliés à 86 % des entreprises ont moins de 9 salariés et 4 % plus de 15.

2. Pouvez-vous entrer un peu plus dans le détail des activités liées au paysage ?

Mon métier consiste d’abord à créer et aménager des espaces : des places, des terrains de sport ou de golf, des bordures d’autoroute, etc. Le débroussaillage fait aussi partie de nos attributions. Dès lors qu’on touche au domaine de l’agriculture, on peut considérer que l’activité n’entre plus dans le cadre des métiers du paysage ; cela peut vous servir de point de repère***. La deuxième facette du métier, c’est l’entretien. Il génère énormément d’emploi. C’est un des meilleurs coefficients en ratio emploi.

3. Avez-vous des chiffres à nous donner sur les perspectives de recrutement dans le secteur du paysage ?
Combien de personnes sont recrutées par an ?



Sachez d’abord que les besoins du secteur en terme de recrutement se situent à tous les niveaux ! On a un fort besoin en ingénieurs, en personnel d’encadrement. Mais aussi en techniciens et ouvriers qualifiés !
Pour ma part, je déplore qu’il n’y ait pas plus de travail effectué en recherche et développement dans le secteur du paysage. La recherche doit évoluer, le matériel également. On a besoin d’idées. Les meilleurs encadrants sont ceux qui associent, à leurs qualités managériales, une formation mécanique (agricole en particulier) : ils ont une vue en trois dimensions, sont plus inventifs, trouvent des solutions aux problèmes techniques...
On a du mal à trouver chaussure à notre pied. On souffre d’une pénurie de candidats et on manque de cadres.

4. Quels sont les profils que vous recherchez ? Quelles sont les qualités requises pour tout bon « technicien » du secteur paysage ?

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L’image couramment répandue du « n’importe qui peut faire du jardin » est totalement hors de propos. Les métiers du paysage requièrent de réelles compétences. Certes, tout le monde est peut-être à même d’entretenir un jardin ou de tondre le gazon ! Mais identifier les problèmes du rosier, - pourquoi ses feuilles blanchissent ou quels sont ces insectes qui les recouvrent - ce n’est pas donné à tout le monde.
De mon point de vue, les femmes sont de moins en moins limitées physiquement grâce à l’évolution des techniques (sauf en ce qui concerne l’élagage et la maçonnerie). Ces métiers s’exercent de plus en plus avec la tête !
En fait, je pense qu’il vaut mieux des généralistes, avec une ou deux spécialités. L’élagage est une spécialité à temps complet. Mais l’arrosage automatique ou les fonctions de paysagiste d’intérieur s’effectuent de façon ponctuelle par exemple.

5. Quelles sont les formations privilégiées par les professionnels du secteur ou que vous, en tant que chef d’entreprise, vous affectionnez ?

Sans aucun doute toutes les formations en alternance ! Ces métiers s’apprennent sur le terrain. L’acquisition d’expérience ET l’empirisme font la formation, et ce de l’ingénieur à l’ouvrier qualifié.
On peut constater que les directeurs d’aujourd’hui ont commencé comme ouvriers ou chefs d’équipe. Mais l’expérience ne suffit pas pour briguer un poste d’encadrement. Il faut aussi une bonne formation. Dans les métiers du paysage, expérience et formation de qualité vous amèneront à bénéficier d’énormes possibilités d’évolution.

De plus en plus, le niveau d’études minimum requis est le BTS - avec 80 % d’une classe d’âge titulaire du bac, c’est plus que conseillé ! Les postes de cadres peuvent convenir à tous types de formation, que ce soit les 3e cycles universitaires, d’écoles d’ingénieurs ou de commerce...
Il est aussi primordial d’être motivé ; le métier est un peu rude...
Les jeunes sortant de formation ne le sont, hélas, pas toujours. Peut-être parce que l’image qu’ils ont du métier n’est pas forcément la bonne. Les métiers du paysage se situent à la frontière entre secteur agricole, travaux publics et services. Il faut, en chacun, privilégier la fibre agricole au sens noble.
Pensez au rythme agricole : le métier est très porté sur la terre, on est soumis aux intempéries et au cycle des végétaux. Les horaires varient au sein d’une même année. Cependant, à part pour des spécialités très pointues comme le terrain de sport, un salarié du paysage restera dans la même région, près de la base de l’entreprise. La mobilité n’est pas un problème du quotidien.

6. Et ce qui est, pour vous, très positif au sein de la filière paysage ?

Au cours d’une même journée on peut être amené à exercer jusqu’à une dizaine de métiers. C’est l’anti-monotonie ! Que ce soit pour les salariés du secteur ou leurs clients, l’environnement à une connotation positive. L’ambiance est détendue, nos interlocuteurs sont sympathiques.
Les salaires sont moyens mais progressent. Ils sont, en moyenne, de 15 % à 20 % supérieurs à notre grille salariale minimum !

7. Pensez-vous que le secteur du paysage souffrira du papy-boom sur les 10 à 15 ans à venir ?

Sans aucun doute ! Compte tenu de la taille des entreprises, le papy-boom se fera surtout ressentir au niveau des chefs d’entreprise. On subira le double effet de la conjoncture, car aux départs en retraite massifs s’associera la sensibilisation toujours croissante des populations à leur environnement, au développement durable. Les marchés se multiplient et des projets devraient voir le jour dans ce domaine. Donc il y aura du travail !

8. Selon vous, quelles sont les qualités requises pour être un bon entrepreneur du paysage ?

Être chef d’entreprise, c’est une fibre à avoir ou pas. À ce type de poste on effectue beaucoup de fonctions de management. On gère une masse salariale. Il faut avant tout aimer les hommes (et pas seulement les arbres !)...
Être chef d’entreprise demande de l’expérience, il faut avoir connu le terrain, avoir 4 ou 5 ans d’exercice derrière soi.

9. Quelque chose à ajouter pour conclure ? Un conseil ?

Oui, les métiers du paysage gagnent à être connus ; on peut s’y "éclater" ! L’environnement c’est l’avenir. C’est un sujet de réflexion de plus en plus abordé, de plus en plus au cœur des politiques territoriales : entrées de ville, rivières, plus d’espaces verts, gestion de l’eau, etc. Les jardins de particuliers prennent aussi de l’importance et on ne réfléchit plus à la construction d’une autoroute sans s’intéresser au volet environnemental.
Ces métiers sont encore appelés à se développer pendant plusieurs décennies !

*Union nationale des entrepreneurs du paysage
**Tarvel, www.tarvel.fr (typologie : très grosse PME) *** Plus de 15 % des cotisations - à la MSA, mutualité sociale agricole - du secteur agricole concernent les métiers du paysage.



Propos recueillis par Marianne Riou

Mai 2006

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