Les obsessions
Les obsessions de l’enfant couvrent un vaste champ qui s’étend de la normalité à la psychose. Elles sont caractérisées par la présence d’une idée obsédante
et la mise en acte d’un rituel compulsif visant à soulager l’idée obsédante.
Les idées obsédantes sont des idées chargées d’angoisse qui
surviennent, sans cesse, à l’esprit du sujet sans qu’il puisse les chasser, ce qui l’oblige à exercer un rituel pour les chasser. Ces rituels s’accompagnant
d’angoisse sont aussi appelés compulsions ou actes compulsifs, et sont censés effacer « par magie » le danger.
Ces obsessions ont une place dans le développement normal de l’enfant, celui-ci ayant besoin de rituels pour se rassurer et structurer son quotidien.
L’attachement au « doudou », à la disposition de certains objets dans la chambre, et la croyance quasi magique en certaines phrases dites pour conjurer la peur font partie du développement normal d’un enfant et lui
permettent de construire sa personnalité. Ces rituels s’estompent avec le temps, même si quelques-uns peuvent subsister sous forme résiduelle à l’âge adulte.
Les obsessions peuvent être de trois natures différentes :
• phobiques : les obsessions portent sur un objet ou une situation dont la seule évocation provoque une angoisse massive (saleté, toucher...). La peur persiste même en l’absence de l’objet, il n’y a pas de conduite d’évitement,
et les objets sont potentiellement dangereux.
• idéatives : le sujet est envahi sans cesse par une même idée qui l’angoisse ; cela peut être un doute sur un acte qu’il a fait ou non, une réponse qu’il a donnée, des ruminations mentales, des questions philosophiques. Le
doute est massif et envahit le sujet.
• impulsives : le sujet est envahi par la peur de commettre un acte absurde ou dangereux (se jeter par la fenêtre, faire du mal à quelqu’un, de dire un
mot à tonalite sexuelle...). L’acte n’est jamais réalisé, le sujet se contrôle en permanence de peur qu’un relâchement le conduise à une impulsion.
Ainsi, par exemple, un enfant qui a une obsession de la saleté ou des microbes se lavera les mains plusieurs fois par jour, et plusieurs fois d’affilée, puis
lavera tout ce qu’il a touché. Le rituel le soulage ponctuellement mais jamais complètement, le doute d’avoir vraiment tout bien nettoyé persiste, et le
conduit à renouveler son rituel pour être sûr.
Quand ces rituels deviennent envahissants, ils peuvent signer un fonctionnement psychopathologique, et il est possible de voir se développer chez un enfant une névrose obsessionnelle comparable à celle d’un adulte. Les idées obsédantes existent alors mais sont difficilement repérables, et c’est davantage dans les rituels que va s’observer la pathologie. Une consultation
psychologique est nécessaire dans de tels cas, les symptômes pouvant être très invalidants, parce que par exemple l’enfant ne veut plus sortir, passe des
heures dans la salle de bains ou recommence sans fin un devoir qu’il juge mal écrit.
En dernier lieu, les obsessions occupent également une place dans la psychose. Dans un cas de psychose infantile comme l’autisme, l’enfant utilise les rituels obsessionnels pour organiser son univers et le rendre sécurisant. Il faut que rien ne bouge, que tout soit absolument identique, pour éviter à
l’angoisse de ressurgir. Cependant, il existe également une possibilité de sortie de la psychose à travers une symptomatologie obsessionnelle, celle-ci
constituant une voie de reprise de contact avec la réalité.
Lire : "Comprendre son enfant 0-12 ans", Caroline Sahuc, Studyrama.
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