Les services hospitaliers à temps plein
Dans le milieu de la psychiatrie, une hospitalisation correspond à une prise en charge à temps complet mais ponctuelle de l’adolescent. Il existe peu de
services spécialisés pour adolescents. Les hospitalisations d’adolescents ne
se limitent pas aux cas de comportements d’automutilations ou hétéroagressifs (dirigés vers autrui). Elles visent une fonction thérapeutique : elles permettent de proposer un traitement pharmacologique (médicamenteux)
quand c’est nécessaire, elles assurent une protection pour l’adolescent et instaurent une dimension relationnelle entre l’équipe et le jeune.
Les indications d’hospitalisation d’adolescents concernent les états de crise, c’est-à-dire des situations où les symptômes sont spectaculaires et mettent le
sujet en danger psychiquement ou physiquement, et pour lesquelles une prise en charge institutionnelle s’impose. Il y a séparation d’avec le milieu
familial. On retrouve notamment trois situations :
les tentatives de suicide, graves ou non et toutes les conduites autodestructrices ;
les troubles graves des conduites alimentaires en raison du risque vital lié à une forte dénutrition ;
les moments de décompensation psychotique dans lesquels il existe un débordement des limites et une perte des repères. Si l’angoisse est trop importante, le risque de passage à l’acte est élevé, et cet état nécessite donc
une prise en charge médicamenteuse. L’adolescent peut alors être contenu par l’équipe et la vie institutionnelle.
Les équipes de ces structures hospitalières sont caractérisées par leur pluridisciplinarité
: psychiatre, psychologue, infirmiers, éducateurs, ergothérapeutes, assistante sociale, associations qui dispensent des cours à l’hôpital.
A l’issue de son hospitalisation, l’adolescent doit pouvoir retourner dans son environnement habituel.
L’hospitalisation dans le cas d’une adolescente
anorexique
L’idée de l’hospitalisation d’une adolescente anorexique est d’écarter le
risque vital. Il s’agit d’atteindre un objectif de reprise de poids à court terme (nécessaire pour ôter tout risque vital) et un objectif de re-nutrition (l’anorexique
ayant de nombreuses carences physiologiques). Quand l’état de l’anorexique est trop critique, une sonde alimentaire est posée.
L’objectif de reprise de poids à long terme, établi sous forme de contrat avec l’adolescente, a pour but d’atteindre un poids qui correspond à celui de la
taille de la jeune fille, mais qui s’écarte de la maigreur. Suivant les établissements,
il s’agit de retourner progressivement à une alimentation dite « normale » et d’acquérir un poids minimum dit de « sortie », qui permet à l’adolescente de quitter l’hôpital.
Au début de l’hospitalisation, voire même en cours de celle-ci, il y a une période d’isolation de l’adolescente de son milieu familial. En fonction du
contrat et du poids repris, l’isolation est levée, et les contacts avec la famille peuvent être repris progressivement. L’isolation est une période douloureuse
pour les parents comme pour l’enfant, mais les parents doivent être solidaires de l’équipe soignante.
Au niveau de la guérison, trois possibilités sont envisageables :
- un retour à un poids normal ;
- la persistance de la restriction et d’un mal être ;
- une dénutrition grave avec persistance du trouble et risque de décès.
La Maison des adolescents ou Maison de Solenn
La Maison des adolescents ou Maison de Solenn, située à Paris, a été inaugurée en décembre 2004 par Bernadette Chirac et financée par l’opération « Pièces jaunes ». Cette structure est dirigée par le pédopsychiatre Marcel
Rufo et son objectif est la parole avant tout. Cette structure porte le nom de Solenn, en mémoire de la fille de Patrick Poivre d’Arvor, qui était anorexique.
Cette structure accueille tous les adolescents qui en éprouvent le besoin : jeunes souffrant de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie),
qui éprouvent des problèmes comportementaux à l’école, qui présentent des conduites à risques... La Maison de Solenn possède une certaine spécificité, à savoir des méthodes originales pour les anorexiques, des
médiations culturelles et le maintien de la scolarisation.
Les adolescentes anorexiques sont prises en charge avec une approche différente des méthodes classiques, c’est-à-dire sans forcer à la séparation avec les parents. L’idée majeure est de travailler avec les parents et de les
associer au traitement. Les parents sont aujourd’hui plus attentifs, plus soucieux du bien-être de leurs enfants. Ils n’ont plus peur de consulter spontanément
un psychiatre ou un psychologue. Des groupes de parole sont organisés avec les parents. Cependant, les parents ou la jeune fille peuvent
demander une séparation, qui est acceptée. Les parents peuvent être accueillis au sein de la Maison des adolescents. Il y a également une cuisine
thérapeutique, c’est-à-dire que les parents ont la possibilité de cuisiner les plats habituels dans des locaux aménagés, pour que l’anorexique retrouve
les habitudes alimentaires de son foyer. Il existe des sorties précoces, pour éviter les séparations longues.
La deuxième spécificité de cet établissement est de proposer également des médiations culturelles. La structure dispose par exemple d’une médiathèque,
d’une salle de danse, de musique, d’un atelier de mode, d’une radio. Divers professionnels (acteurs, journalistes, musiciens) interviennent régulièrement
pour proposer des activités. Les patients ont également la possibilité de faire des sorties à l’extérieur ou de participer à des week-ends thérapeutiques. Le
but est le jeu psychologique, pour éprouver à nouveau le plaisir et recommencer à fonctionner.
La dernière caractéristique de la Maison de Solenn est la scolarisation afin que les adolescents ne désinvestissent pas le système éducatif à cause de leur hospitalisation. Les traitements tendent à favoriser l’approche psychothérapeutique plutôt que l’utilisation de médicaments. Par exemple, les prescriptions
d’antidépresseurs ont tendance à être diminuées, car ceux-ci peuvent favoriser un passage à l’acte chez des sujets impulsifs. C’est la parole qui est privilégiée avant tout.
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