Les troubles de l’écriture de l’adolescent : la dysgraphie
Les écritures d’adolescents étaient pétries d’inégalités en tous genres, faites d’un mélange insolite de personnalisations et de composantes enfantines, fidèle reflet de leurs contradictions intimes. L’adolescence est une période riche mais douloureuse, perturbatrice pour le jeune et difficile pour ses parents, mais située dans l’ordre des choses, destinée à n’être qu’une étape, un passage obligé.
Les niveaux de souffrance ainsi que les ressources vitales des uns et des autres sont aussi variables que difficiles à mesurer. Néanmoins, il est important de faire la différence entre ce qui reste normal et ce qui bascule dans un excès alarmant. Nous n’aborderons pas ici les graves pathologies de l’adolescent, dont le diagnostic et le traitement sont réservés aux médecins psychiatres. Mais nous étudierons les cas de tous ces adolescents qui connaissent des difficultés dans leur cursus scolaire et dont les écritures présentent des troubles manifestes, sortant de la normalité.
Il faut distinguer deux catégories dans les troubles d’écriture chez l’adolescent :
ceux qui ont toujours mal écrit depuis leur enfance ;
ceux dont l’écriture s’est nettement détériorée depuis la période pubertaire.
Les troubles apparus au cours de l’enfance
La dysgraphie de l’adolescent existe mais elle n’est pas survenue sur le tard. Il s’agit d’enfants dysgraphiques qui n’ont pas été diagnostiqués. Parents et enseignants ont espéré que les difficultés s’atténueraient avec le temps et aucune rééducation de fond n’a été entreprise.
Parfois, il est vrai que certains, à force d’efforts, améliorent leur écriture, trouvent des stratégies qui compensent un peu leurs difficultés, tout dépend du degré initial de dysgraphie.
Mais la plupart ont été gênés toute leur scolarité. Ils ont peiné, été pénalisés par des retraits de points dans leurs notations. Il leur a été répété maintes et maintes fois « fais donc des efforts ! », alors que leur bonne volonté n’était pas à mettre en cause. Pour ceux-là, les
études deviennent le parcours du combattant et ils se retrouvent vite en situation d’échec. Une écriture déficiente est terriblement pénalisante et déstabilisante pour un jeune qui s’est donné beaucoup de mal à écrire et sait qu’il ne pourra pas pour autant être compris par
le lecteur...
Ces adolescents nous sont adressés tardivement en vue d’une rééducation parce que professeurs et parents craignent une perte de points ou une non-correction aux épreuves du brevet ou du baccalauréat. Même s’il est fort regrettable d’avoir perdu tant de temps, une prise en charge peut toujours être envisagée. On retrouve, chez ces adolescents, les mêmes caractéristiques que chez l’enfant dysgraphique : un mouvement raide, crispé ou encore
un mouvement impulsif ne permettant pas l’obtention d’une forme harmonieuse.
Généralement, ils font également preuve d’une grande lenteur car un mauvais geste ne permet pas une progression régulière du graphisme. Ce problème de lenteur devient crucial à l’entrée en 6e. Plusieurs professeurs se succèdent dans la journée et le jeune est alors censé être plus autonome. Il doit se débrouiller tout seul pour
la gestion de son cahier de textes, l’organisation de ses devoirs à la maison et il doit suivre le rythme de la classe. Tout ralentissement est très pénalisant car il empêche l’adolescent de prendre ses notes de cours correctement, il n’arrive pas à finir ses devoirs à temps.
Et surtout, il constitue une entrave à l’efficience sur le plan intellectuel. Un élève, lorsqu’il rédige un texte, doit à la fois faire un travail de mémorisation des données, d’analyse de ce qu’il va exprimer, de réflexion sur la manière de le faire, sur la mise en mots et faire un
choix d’orthographe. Si des problèmes d’écriture viennent se greffer en plus, il n’arrivera pas à gérer tous ces impératifs en même temps et il risque fort de perdre les pédales.
Les troubles apparus au cours de l’adolescence
Les écritures d’adolescents sont généralement irrégulières, voire chahutées, mais il y a une légitimité à cela. Le signal d’alarme retentit lorsqu’il y a une exagération trop évidente émergeant dans un ou plusieurs genres de l’écriture et entraînant une visible détérioration de celle-ci. Ce sont les excès qui
doivent alarmer les parents.
1. Une mauvaise répartition des noirs et des blancs, une mauvaise prise de possession de l’espace, soit en trop (espace compacté sans respiration, moi envahissant, c’est-à-dire moi envahi par l’angoisse), soit en trop peu : trop de blancs, mise à distance de l’autre et isolement.
L’adolescent a besoin de ses amis. Il est attiré par le groupe, qui répond à son désir d’appartenance. Un adolescent qui s’isole est un adolescent qui va mal.
2. Une zone médiane écrasée révélant une perte d’estime de soi, ou une grande disproportion entre la zone médiane et les hampes et les jambages, signant l’absence de relation entre le désir et sa réalisation, engendrant un sentiment de frustration.
3. Une direction se dispersant dans tous les sens : pas de ligne de conduite stable, incapacité à définir un projet et à s’y tenir. L’adolescent manque de repères. Il n’a pas eu les limites suffisamment définies qui l’auraient aidé à se structurer. Il a des difficultés de concentration, se disperse et n’aboutit en rien. Attention aussi à une direction trop rigide qui semble figée, manquer de vie.
4. Une forme qui n’en est plus une, une écriture filiforme qui n’est plus qu’un substrat, devenant illisible. L’illisibilité montre que le jeune n’arrive plus à respecter les codes de communication, qu’il se met à l’écart. Ou bien, a contrario, une forme hyperstructurée qui montre un raidissement, une rigidité qui isole tout autant le jeune dans ses problèmes.
5. Une conduite du geste graphique très raide, crispée avec un morcellement de la liaison et l’apparition d’angles, saccades et lancements qui prouvent une réactivité exacerbée qui bascule souvent dans l’agressivité. Ou une continuité trop relâchée, labile, montrant le grand découragement du jeune qui se laisse aller, qui part à l’abandon sans capacité de réagir.
6. Une pression trop appuyée montrant un excès de tension ou trop légère, signe de fragilité, de manque de résistance face à la pression environnante. Une coulée d’encre trop pâteuse révélant un excès d’émotivité mal
canalisée ou un trait très pâle, dévitalisé, démissionnaire.
7. Une vitesse trop rapide révélant une impulsivité ne laissant pas à la pensée le temps de s’organiser, de se mettre en forme, ou (ce qui est bien plus fréquent à l’adolescence) trop lente par angoisse de la page blanche.
Tous ces excès sont révélateurs d’un profond mal-être. Ils sont la partie visible de l’iceberg, ce que l’adolescent nous donne à voir de lui-même, et ils représentent souvent un appel au secours. L’illisibilité d’une écriture est un signal de détresse qui mérite d’être pris au sérieux. L’écriture ne permet plus de communiquer et l’adolescent
lui-même et son entourage la trouvent vilaine.
Extraits de "La Graphologie pour mieux comprendre votre enfant", par Christine Bertrand, collection Eclairages, éditions Studyrama.
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