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Parents de jumeaux : un quotidien loin des clichés

Ne les habillez surtout pas de la même façon, séparez-les dès l’entrée en classe... Quand il s’agit de jumeaux, clichés et prescriptions se multiplient. Chacun a toujours son mot à dire, le rôle de parent n’est alors pas toujours très évident. Muriel Decamps*, journaliste et maman de jumelles, nous fait part de son expérience.



On dit souvent que les jumeaux sont très complices ; est-ce alors plus difficile de se positionner en tant que parents ?

Une rectification tout d’abord : « complices », bien des jumeaux le sont, mais pas tous. Comme tant d’autres frères et sœurs, ils se disputent et parfois ne s’entendent absolument pas. S’ils sont très liés et que les parents les laissent faire, certains peuvent témoigner d’une certaine autosuffisance : au lieu de s’adresser à leurs parents lorsqu’ils ont un problème, ils en parlent entre eux ou se donnent des conseils. Ils prennent aussi la défense l’un de l’autre si on les dispute. Il ne faut donc pas hésiter à remettre les choses à leur place et à discuter des rôles de chacun dans la famille.

Donner des conseils, défendre son frère ou sa sœur, ce sont les relations qu’entretiennent nombre d’aînés avec leurs cadets. Il n’y a donc pas tant de différences entre les jumeaux et d’autres fratries.

Si, pour deux raisons. D’une part, ils ont tout appris en même temps et partagé beaucoup d’expériences. Leur complicité se nourrit de ces souvenirs. D’autre part, le regard des autres interfère dans leurs relations : les gens sont fascinés par les ressemblances, dans le cas de vrais jumeaux, ils ont aussi beaucoup d’a priori. Les jumeaux intègrent peu à peu cette image particulière qu’ils renvoient en société. Ils s’habituent à être considérés comme une paire. Leur relation est liée à une expérience commune et découle aussi de l’attitude d’autrui.



Vous dites dans votre livre Les jumeaux (coll. Idées reçues) qu’il faut « bannir une éducation égalitariste ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Plus on cherche à être juste, plus les enfants vont être vigilants et tenir les comptes : a-t-on donné la même chose à chacun ? Partir sur cette base risque d’envenimer les relations et de susciter des jalousies.

Vous conseillez d’agir ainsi avec tous les enfants et non seulement avec des jumeaux.

Les jumeaux sont des frères et sœurs, pourquoi leur réserver une éducation spécifique ? Il faut se comporter avec eux comme avec d’autres enfants.

(GIF) Ils sont comme d’autres frères et sœurs, mais ils ont le même âge et partagent bien des activités. Comment les aider à affirmer leurs différences ?

Il s’agit d’être à l’écoute pour les aider à assumer leurs personnalités. Des membres de la famille ou des amis jouent alors un rôle : les grands-parents ont plus de recul et tissent des liens différents avec leurs petits-enfants. Autre exemple : les jumeaux peuvent faire des activités et des sorties avec leurs parrains et marraines respectifs ; c’est une relation qu’ils ne partagent pas ensemble, ils ont chacun « leur » parrain, « leur » marraine.

Pensez-vous qu’il faut inscrire les jumeaux dans la même classe ?

Parfois cela rassure plus les parents que les enfants eux-mêmes. Lors de la première rentrée, les laisser dans la même classe va les aider à appréhender un univers nouveau. Ensuite, on peut envisager une séparation, mais il faut bien préparer les enfants et valoriser cette situation nouvelle : tu auras « tes » propres amis, « ton » institutrice.

Comment s’organiser pour les devoirs le soir ?

Tout dépend des enfants et de leur facilité à suivre les cours. Parfois, il faut accorder plus de temps à l’un dans une matière. Dans d’autres cas, il est mieux qu’ils travaillent chacun de leur côté pour éviter qu’ils ne répondent l’un à la place de l’autre. Mais on peut aussi profiter du fait qu’ils aient le même niveau : ils se dictent par exemple de petits textes à tour de rôle, cela rend la séance plus vivante. Au fil des situations et des années, on adapte ses méthodes.

Partager la même chambre, est-ce un problème ?

Tout dépend de la taille du logement, on ne peut pas toujours se permettre de donner une chambre à chacun ! Quoiqu’il en soit, ce n’est absolument pas un problème, bien des frères et sœurs ont partagé la même chambre sans devenir inséparables. C’est plutôt l’attitude des parents qui joue.

Pour en savoir plus, consultez le blog de Muriel Decamps http://etrejumeaux.over-blog.com

*Auteur de Les jumeaux, Le Cavalier bleu, coll. Idées reçues, 2003 et Des jumeaux, quelle aventure ! : Le quotidien avec plusieurs enfants du même âge, éd. Josette Lyon, 2004.


Suite de notre dossier : Jumeaux : à l’école, faut-il les séparer ?


Propos recueillis par Aurélie Djavadi (le 12/10/07)

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