Pourquoi l’enfant fait-il des colères : "Marquer sa différence"
Comprendre la colère d’un enfant est parfois malaisé, tant l’ampleur de ces manifestations semble parfois disproportionnée. « Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » se demande souvent le parent devant son enfant qui se roule par terre en hurlant, sans raison apparente.
Votre enfant est tout petit. Même grandissant, il restera toujours bien moins fort que papa et maman, qui lui paraissent des géants, pas seulement par leur taille, mais aussi parce que c’est d’eux que viennent toutes les choses importantes du quotidien, la nourriture, les jeux et les règles de vie.
Il paraît alors incroyable qu’il « ose » s’opposer à vous. Voir un tout petit de garçon de 2 ans et demi dire « Non ! » à sa maman est souvent très drôle, parfois déconcertant, mais il ne faut pas perdre de vue le courage que cela lui demande. S’opposer à celle sans laquelle il ne peut vivre... C’est en tout cas comme cela qu’il le ressent à ce moment de sa vie. Donc les conduites d’opposition trouvent d’abord leurs origines dans la nécessaire individuation de l’enfant.
Beaucoup de comportements agaçants, exaspérants, s’expliquent essentiellement par le besoin chez l’enfant de marquer sa différence, de montrer qu’il ne se résume pas à la simple volonté de l’adulte, mais qu’il a aussi des désirs et une autonomie de pensée et d’action. C’est donc un moment nécessaire, constitutif de l’élaboration de la personnalité, et qui prendra des formes plus ou moins longues et impressionnantes selon le caractère de l’enfant et les situations qu’il rencontrera.
L’enfant cherche des limites. Il va donc très souvent « au bord ». Il veut voir jusqu’où sa liberté peut s’exercer, jusqu’où l’autorité de l’adulte tolérera ses manifestations : en résumé quel est son espace et quel est l’espace de l’autre.
Si l’attitude des parents est claire, cohérente, il se structurera rapidement en fonction des éléments qui lui sont proposés. Un trop grand laxisme risque de le laisser s’exposer à des situations dangereuses et de ne pas lui permettre de construire de références, des repères stables puisque « tout est permis », alors que cela n’est bien sûr pas le cas dans la réalité. A l’inverse, une attitude excessivement rigide, ne laissant pas suffisamment d’espace à l’expression de l’individualité de l’enfant, comporte également le risque de le voir perpétuellement en colère contre ces murs infranchissables et d’accroître sa frustration. Si l’enfant n’est que le désir de l’autre, où pourra-t-il construire son identité.
Il faut que l’enfant apprenne progressivement que certaine choses sont possibles et d’autres non et que, pour autant, dans cet espace délimité, tout ne lui est pas interdit, et qu’un certain nombre de ses initiatives personnelles sont admises et même encouragées.
Extrait de :
"Les Troubles du Sommeil et les Colères chez l’Enfant"
Charlotte Mareau, Collection Eclairages
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