Qui est à l’origine de la demande d’un bilan ?
Que ce soit en institution ou en pratique libérale, les bilans sont presque toujours demandés pour des enfants/adolescents présentant
des symptômes mais dont la souffrance psychique est souvent
mal perçue. Par ailleurs, l’implication des parents ou du fonctionnement familial dans ces difficultés est souvent méconnue. Il arrive que
la personne qui est à l’origine de la demande de bilan ait pressenti ce qui se joue dans le symptôme mais qu’elle ne parvienne pas à se
faire entendre de la famille. Enseignants, médecins, adressent souvent l’enfant pour un bilan en espérant que cette médiation
permettra de faire entendre quelque chose de la souffrance de
l’enfant.
En effet, celui-ci n’a parfois que ses symptômes pour exprimer sa souffrance et c’est dans le cadre scolaire, à travers des difficultés
d’apprentissage ou des troubles du comportement que se manifestent fréquemment ces symptômes que l’entourage a bien du mal à décoder. C’est souvent dans ce contexte que les adultes qui s’occupent de l’enfant demandent un bilan parce qu’ils ne trouvent pas de
réponse aux questions que leur posent les difficultés rencontrées par
l’enfant ou son mal-être.
Un pédopsychiatre exerçant en libéral explique comment s’inscrit la demande de bilan dans la dynamique de son travail de consultation
: « C’est souvent quand je suis dans l’embarras et que je
constate que le travail thérapeutique entrepris avec l’enfant piétine
que j’ai envie de demander un bilan pour permettre que mon
regard sur l’enfant se modifie et que, à la lumière des observations faites par la psychologue dans son compte rendu, le dialogue avec l’enfant et ses parents s’ouvre sur une dimension plus profonde et
permette de rechercher le sens des difficultés qui sont à l’origine de la consultation. Le bilan psychologique permet de dialoguer de manière beaucoup plus fouillée avec les parents et, du fait qu’il
comporte des éléments chiffrés, il permet d’accrocher par ce biais les pères, généralement très sensibles à ce type de données, et de les amener peu à peu à en dépasser le côté réducteur et objectivant
pour s’ouvrir à une autre perception de leur enfant. » Il arrive qu’un adolescent demande de lui-même un bilan parce qu’il
a envie de faire le point sur les atouts dont il dispose pour la poursuite
de ses études, ou parce qu’il a besoin d’être rassuré sur son
potentiel intellectuel dont la médiocrité de ses résultats scolaires
l’amène à douter. En revanche, un bilan psychologique n’est pratiquement
jamais demandé par l’enfant lui-même, mais toujours par
un tiers : enseignant, médecin, parents.
Il est essentiel de reprendre avec l’enfant ou l’adolescent les raisons
de la demande de bilan et de s’assurer qu’il est d’accord avec cette passation, qu’il en a compris la raison d’être. Mais ce qui importe surtout, c’est que le psychologue parte des difficultés dont souffre
l’enfant en lui laissant entendre qu’ils vont ensemble chercher à mieux comprendre ce qui se passe. « Il s’agit d’articuler la proposition
du bilan, qui vient des parents, à ce qui constitue la demande de l’enfant : comprendre quelque chose de ses problèmes, qu’il subit sans pouvoir rien y faire. » (Arbisio, 2005)
Il importe également de soutenir la place du père dans la consultation
et la demande de bilan. La plupart du temps, c’est la mère qui appelle pour prendre rendez-vous et qui accompagne l’enfant. Il est parfois difficile de rencontrer le père, soit qu’il se sente peu
concerné par la démarche entreprise par la mère, soit que celle-ci n’ait pas envie qu’il s’implique davantage pour l’enfant. Mais si le
père n’a pas été sollicité d’emblée pour participer à la consultation,
cette lacune laisse entendre que la demande de bilan est l’affaire de
la mère et qu’il y a finalement peu de place.
Extrait tiré de l’ouvrage de Thérèse Durandeau : Le QI chez l’enfant et l’adolescent, aux éditions Studyparents.
|