Restaurer l’écriture en difficulté
L’écriture est un acte de communication. Ecrire une pensée pour soi-même. La formuler, la mettre en mots pour s’aider à la clarifier, à la préciser. Pour se décharger, se libérer. Rappelons-nous Flaubert et sa formule « pour moi, le papier est là, j’ai un exutoire et je me soulage », avec le sentiment que ce qui est inscrit sur la feuille n’est plus dans ma tête à m’encombrer.
Pour ne pas oublier aussi. L’histoire de bien des civilisations s’inscrit dans la mémoire collective grâce aux écrits, témoins de périodes qui, sinon, seraient contestées, si ce n’est oubliées. Afin de sceller un ancrage dans le réel, le « c’est écrit donc cela
existe » dont nous avons parlé au début de cet ouvrage, la preuve que constitue la trace écrite pour les juristes.
L’écriture est aussi une recherche de rencontre, de dialogue avec l’autre. Cette communication se situe à deux niveaux :
le contenu de ce qui est écrit, le texte véhiculé par l’instrument qu’est l’écriture qui correspond à un acte conscient, volontaire et maîtrisé de communication d’une information ;
tout ce qui se dit par l’écriture elle-même, par ses personnalisations, d’une manière plus inconsciente, échappant à la maîtrise du scripteur.
La graphologie n’a pas pour mission de porter un jugement. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises écritures puisque toutes sont le reflet d’une personnalité qu’il ne nous appartient pas de juger. L’écriture étant le lien qui permet un échange entre un scripteur et un lecteur, nous pouvons dire que le point de rupture est atteint lorsqu’une de ces deux parties ne peut plus assumer avec aisance son rôle :
soit l’écriture fait souffrir physiquement le scripteur (fortes crispations ou crampe) ;
soit elle ne répond plus avec aisance à sa fonction de transmettre un savoir, la lecture devenant trop laborieuse pour le destinataire.
Si une prise en charge est envisagée, il s’agira alors pour le graphothérapeute et l’adolescent en cours de rééducation de trouver le meilleur compromis pour restaurer et rendre sa fonction initiale à l’écriture, tout en respectant son essence, son originalité, ce qui fait qu’elle est unique, qu’elle est l’écriture individuelle de cet adolescent- là.
La rééducation de l’écriture des adolescents
A chaque demande de rééducation d’écriture pour un adolescent, correspond un travail différent.
L’histoire de l’écriture n’est pas la même pour tout le monde. Il importe lors du bilan de faire le point sur l’état de santé de l’adolescent (maladies, alimentation, sommeil...), de savoir dans quel contexte il vit (milieu familial, vie amicale...), de situer quelle a été
sa vie scolaire (choix d’établissement, sociabilité, résultats), quels sont ses centres d’intérêts, de savoir s’il a des projets d’avenir, etc.
Il est très important aussi de savoir de qui provient la demande. Professeurs, médecin, parents ou l’adolescent lui-même ? La motivation est primordiale chez l’adolescent : s’il ne se sent pas concerné et partie prenante,
l’efficacité à terme est à mettre en doute. Force est de reconnaître que lorsqu’un adolescent se présente en
vue d’améliorer son écriture, il s’agit dans la plupart des cas d’une demande dans l’urgence. Des examens se profilent à l’horizon et apparaît l’angoisse de la non-correction ou d’une perte de points. Il est alors essentiel de hiérarchiser les priorités pour obtenir le meilleur résultat dans le meilleur délai.
Lors du bilan, il faut réunir un maximum de documents en tous genres (brouillons, originaux, devoirs sur table notés, copies de texte, devoirs rédigés au calme à la maison) pour mieux cerner l’impact du contexte dans la mauvaise qualité de l’écriture. Quels sont les éléments mis en cause lorsqu’une écriture est déficiente : un geste mal maîtrisé, un problème de vitesse, un facteur stress qui engendre une perte de moyens, un manque de confiance
en ses connaissances, un blocage face au passage à l’écrit ou un problème psychologique ?
Généralement, il n’y a pas de cause univoque mais un mélange de causes imbriquées les unes dans les autres. Une passation de tests lors du bilan nous renseigne sur plusieurs de ces aspects.
Puis vient le temps de la rééducation. Le contenu des séances est variable suivant les cas. Le travail de la parole doit être associé aux exercices graphiques. L’adolescent est très sensible au climat de confiance qui s’instaure et apprécie de pouvoir parler, à une
personne extérieure, de ses multiples préoccupations. L’association travail sur l’écriture et effort de verbalisation est un gage de meilleure réussite, car elle va dans le sens d’une restauration de la communication dans ses deux genres.
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