Scolarité : quand les parents mettent la pression
La scolarité des enfants tient aujourd’hui du parcours du combattant. Otages de l’angoisse de leurs parents, prisonniers de leurs injonctions de réussite, ils portent dès leur plus jeune âge un fardeau qui risque d’influer sur leur avenir.

Après sa journée au collège, Julia se dépêche de rentrer chez elle pour faire ses devoirs et réviser les contrôles à venir. Ses parents, médecins, rentrent tard, mais s’arrangent pour revoir les leçons avec leur fille. Julia "comprend" que ses parents s’inquiètent pour son avenir, mais aimerait parfois "ne rien faire". Impossible. Même pendant les vacances, elle doit réviser, au moins un peu.
Le culte de la performance
Et l’étau se resserre jusque dans les activités extra-scolaires. Les enfants ont souvent deux, trois, voire quatre activités par semaine, des fins d’après-midi hyperactives, et des mercredis bien remplis.
« Nous sommes dans une société de performance, de réussite sociale, de chamboulement des valeurs, explique Nathalie Isoré, psychopédagogue à l’Ecole des parents. On ne vous demande jamais : “Qui êtes-vous ?”, mais : “Que faites-vous ?” Les parents sont imprégnés de cette culture. » Le spectre du chômage nourrit leur angoisse. Pour l’éloigner, ils misent tout sur les études de leurs enfants et leurs activités extrascolaires.
Le mythe de l’enfant idéal
Cette quête forcenée de réussite sociale prend aussi sa source dans le mythe contemporain de l’enfant parfait, vécu comme une prolongation narcissique de soi. « Les parents font des plans pour la vie de cet enfant : ils le veulent le plus beau, le plus intelligent » explique Nathalie Isoré. La mission tacite de cet enfant "idéal" ? Réparer, compenser et réaliser ce que ses parents ont "raté".
La nécessaire liberté de “ne rien faire”
©Mag - Fotolia.com
Mais vivre dans le désir des parents interdit l’émergence du vrai désir de l’enfant. Ces enfants sous pression n’ont plus le temps de réfléchir à ce qu’ils sont, à ce qu’ils aimeraient faire. Laisser des plages de liberté à l’enfant, c’est lui donner la possibilité de se connecter à son désir. « En ne faisant soi-disant “rien”, l’enfant est en contact avec ses émotions, avec ce qui le tracasse, explique Nathalie Isoré. Or, la suractivité peut tuer cette partie d’eux-mêmes, dont ils ont besoin pour se construire. »
Autre cas de figure, l’enfant hyperinvesti, ultraperformant, et très angoissé. Antoine, 10 ans, vérifie chaque soir son cartable plusieurs fois, relit son cahier de textes pour être sûr de n’avoir rien oublié. Une note au-dessous de 15 le met hors de lui. A chaque contrôle, il recalcule sa moyenne. « Le moindre grain de sable lui procure une crise d’angoisse, il ne peut rien rater », raconte sa mère, finalement décidée à consulter.
ECHEC SCOLAIRE : Que faire ?
Jean-Luc Aubert, psychologue scolaire, a publié plusieurs ouvrages dont Intelligent mais peut mieux faire (Albin Michel, 2000). Il donne trois pistes, pour nous aider face à un enfant en difficulté scolaire.
Collaborer avec l’enseignant, à condition d’avoir des "atomes crochus" avec lui. Sinon, mieux vaut faire "sans" plutôt que contre en le désignant comme responsable.
Ne pas mettre trop de pression sur les résultats scolaires. C’est inutile, voire néfaste pour l’enfant.
Garder à l’esprit que l’essentiel, c’est que l’enfant vive bien à l’école même si, sur le plan scolaire, il n’a pas de bons résultats.
|