Frères et sœurs : et si la jalousie avait du bon ?
Si la jalousie est un état affectif normal puisqu’il apparaît lorsqu’on se sent menacé par un élément extérieur, il est fréquemment qualifié de « vilain défaut ». Or celui-ci a son utilité.

Que sous-tend le fait d’être jaloux ?
L’enjeu de la jalousie entre membres d’une même fratrie se situe au niveau du partage de l’amour parental, du désir de continuer à bénéficier de l’amour inconditionnel de son père et de sa mère, tout comme du besoin d’être reconnu indépendamment de ses frères et sœurs.
Elle permet la construction de l’identité
En jalousant ses frères et sœurs, l’enfant met en exergue tout un ensemble de caractéristiques qu’il ne possède pas. Autrement dit, en se comparant à eux, il découvre les similitudes qui l’en rapprochent et les différences qui l’en éloignent. Et ceci est positif dans la mesure où cela l’aide à forger sa personnalité. C’est en s’identifiant et en se différenciant des autres - et a fortiori d’un frère ou d’une sœur qui représente un pair - que l’enfant construit sa propre identité.
Le rôle de la frustration engendrée par la jalousie va
également dans ce sens.
Effectivement, le fait de devoir partager l’amour et l’attention de ses parents entraîne un sentiment de privation chez l’enfant. Il n’est désormais plus le seul à jouir des marques de tendresse de ses parents et plus particulièrement de sa mère. Et en voyant cette dernière
centrée sur le nourrisson - ce qui est contraire aux
habitudes connues jusqu’ici - l’aîné ressent son éloignement, ce qui génère en lui de la frustration. Or ce
mal-être est la manifestation d’un questionnement intérieur
portant sur son identité et sur ses relations avec les autres.
Elle permet la socialisation
En jalousant son frère ou sa sœur, l’enfant s’aperçoit
qu’ils sont deux personnes distinctes et qu’il n’existe pas
de confusion entre eux. « Je ne suis pas toi » et « Tu n’es
pas moi » représentent alors une évidence qui s’impose
à lui et qui lui fait prendre conscience de son individualité. Et c’est cette distinction nette entre eux qui va l’amener sur le chemin des relations sociales. Il va ainsi pouvoir avoir des échanges avec d’autres personnes.
La socialisation est un processus qui débute dès le plus
jeune âge de l’enfant et qui lui permet d’intégrer les
valeurs de la société dans laquelle il vit, ainsi que les
règles et les coutumes. Ces apprentissages qu’il effectue sont importants dans la mesure où ils conditionnent sa bonne intégration, en tant que futur adulte, à la société. Ainsi, apprendre auprès de ses frères et sœurs que l’on demande un objet au lieu de le prendre brutalement constitue un premier pas vers la socialisation.
Attention à :
• ne pas les comparer. D’une part, cela attise les rivalités et, d’autre part, comme votre enfant est en train de se construire par jeu de ressemblance et de différence
avec son frère ou sa soeur, mieux vaut ne pas souligner ce qui les rapproche mais plutôt ce qui les distingue. Cela l’aidera à construire sa personnalité ;
• ne pas porter de jugement sur la jalousie en la qualifiant, par exemple, de méchante ou de vilaine. Cet état affectif est naturel et il aide votre enfant à grandir ;
• ne pas interdire la jalousie par des phrases du type
« Je ne veux pas que tu sois jaloux de ton frère ». Cela
risque, au contraire, d’alimenter ce sentiment, ce qui n’est pas utile. Montrez-lui plutôt que vous comprenez
ce qu’il ressent. |
Lire aussi : Vos enfants se disputent ; devez-vous intervenir ?
Fratrie, stop à la jalousie, Capucine Junguenet, coll. Que faire ?, éd. Studyrama
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